Un lieutenant qui refuse de partir en Irak jugé

ETATS-UNIS Ehren Watada considère que le lancement de l'offensive américaine est basé sur des mensonges...

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Le procès du lieutenant de l'armée américaine Ehren Watada, qui a refusé de se rendre en Irak, premier officier d'active à opposer un tel refus, s'ouvre lundi devant une Cour martiale d'une base militaire de l'Etat de Washington,
Le procès du lieutenant de l'armée américaine Ehren Watada, qui a refusé de se rendre en Irak, premier officier d'active à opposer un tel refus, s'ouvre lundi devant une Cour martiale d'une base militaire de l'Etat de Washington, — Jeff Patterson AFP/Archives

Il ne veut pas la faire. Le procès du lieutenant de l'armée américaine Ehren Watada, qui a refusé de se rendre en Irak pour la guerre, premier officier d'active à opposé un tel refus, s'ouvre lundi devant une Cour martiale d'une base militaire de l'Etat de Washington.

C’est en juin 2006 qu’Ehren Watada, né en 1978 à Hawaï, avait refusé d'être déployé en Irak en raison de son opposition à la décision du président américain de déclencher cette guerre. Selon l'acte d'accusation retenu contre lui, Ehren Watada a déclaré publiquement le 6 juin 2006 : «Je n'aurais jamais pu croire que notre dirigeant puisse trahir la confiance que nous avions en lui». «En lisant la quantité de mensonges que l'administration Bush a utilisée pour déclencher et mener cette guerre, j'ai été choqué. Si le président peut trahir ma confiance, il est temps pour moi de réexaminer ce qu'il me demande de faire», a déclaré le lieutenant, selon les propos qui lui sont attribués par l'acte d'accusation. «Comment pourrais-je porter cet horrible uniforme maintenant que je sais que nous avons envahi un pays sur la base d'un mensonge», avait dit le lieutenant avant de refuser de partir en Irak avec son unité le 22 juin. Selon son Comité de soutien, il risque jusqu'à quatre ans de prison.

Le lieutenant Watada s'est engagé en 2003 avant de servir en Corée du Sud puis de revenir aux Etats-Unis. Apprenant qu'il devrait aller en Irak, il avait demandé à être transféré dans une autre unité et proposé d'être déployé en Afghanistan. Depuis son inculpation, il a été assigné à un travail de bureau à Fort Lewis en attendant l'ouverture de son procès.

Ehren Watada «s'est porté volontaire pour servir dans l'armée après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 pour protéger sa famille et ses compatriotes. Ses états de service sont exemplaires et il avait été désigné comme faisant partie des tous meilleurs pas ses supérieurs», a souligné le représentant démocrate de l'Etat de Washington, Mike Honda, dans un éditorial publié le 30 janvier par le «San Francisco Chronicle».

Une opinion publique également opposée à la guerre

Commentant la décision du soldat de ne pas aller en Irak, Mike Honda a affirmé que «Watada n'est pas seul. Tous les sondages montrent une opposition grandissante de l'opinion publique à la manière dont le président Bush a mené la guerre en Irak. Ce soldat est toutefois unique car il est le premier officier d'active à refuser d'être envoyé en Irak», a souligné le parlementaire.

Dans un entretien accordé fin janvier à la radio publique NPR, Ehren Watada a souligné qu'il n'était pas un objecteur de conscience et qu'il avait demandé en avril dernier à démissionner de l'armée pour ne pas partir en Irak ce qui lui avait été refusé. «C'est alors que j'ai décidé de porter l'affaire sur la place publique et de dire aux gens les raisons pour lesquelles des soldats meurent en Irak», a-t-il déclaré. Dans cet entretien, le lieutenant Watada a affirmé que les soldats avaient le droit de refuser d'obéir à un ordre illégal, selon les conventions militaires en vigueur. «Dans cette affaire, le juge a déjà prédéterminé qu'il n'autoriserait la présentation d'aucune preuve ou témoins plaidant que la guerre est illégale ou amorale. Il a déjà décidé que l'ordre est légal et en m'inculpant de désobéissance à un ordre de marche, ils escamotent la question de la légalité de l'ordre».

Le Comité de soutien a appelé à une manifestation lundi devant la base militaire de Fort Lewis, ainsi qu'à une journée nationale d'action avec une manifestation devant la Maison Blanche.