Elections européennes: Pourquoi certains pays votent moins que d’autres?

PARTICIPATION Décryptage d’une désaffection qui s’accentue à chaque scrutin depuis 1979 mais à des degrés divers selon les Etats membres...

Bérénice Dubuc avec Thomas Lemoine (infographie)

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Illustration: Une électrice dépose un bulletin dans une urne devant le drapeau de l'Union européenne.
Illustration: Une électrice dépose un bulletin dans une urne devant le drapeau de l'Union européenne. — © European Union 2013 EP

Une chute libre qui ne semble pas près de s’arrêter. Depuis 1979 et les premières élections européennes au suffrage universel direct pour le Parlement européen, le taux de participation n’a cessé de s’affaiblir. De 61,9% en moyenne lors de ces premières élections, il a dégringolé à 45,4% en 2004, pour finir à un bien léger score de 43% aux dernières élections en date, en 2009. Et, cela ne risque pas de s’arranger pour le scrutin du 25 mai prochain, l’abstention étant attendue à des niveaux records. Explication.

Des bons élèves «contraints»

En 2009, Belges (90,3%), Luxembourgeois (90,7%) et Maltais (78,7%) composaient le trio de tête des pays européens les plus assidus dans les isoloirs. L’assiduité des Maltais peut s’expliquer par leur entrée récente dans l’Union [en 2004], ainsi que par leur traditionnel taux de participation élevé aux différents scrutins. Rien de tel pour la Belgique et le Luxembourg. Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman, rappelle que ces deux pays «font partie, avec la Grèce, des trois derniers pays de l’UE soumis au vote obligatoire, ce qui explique leurs taux de participation très élevés».

Pour ce spécialiste, le recul en l’espace de 25 ans du poids relatif de ces pays obligeant leurs électeurs à se rendre aux urnes peut d’ailleurs en partie expliquer la chute du taux de participation aux élections européennes. «Ce taux moyen est en partie déterminé par l’évaluation du nombre d’électeurs soumis au vote obligatoire. Alors qu’en 1979, un tiers des pays de la CEE étaient soumis au vote obligatoire, représentant 26% du corps électoral, à l’adhésion de la Grèce en 1984, quatre pays sur dix y étaient soumis, soit environ 30% des électeurs. Et en 1989, quatre pays sur douze». Contre trois pays sur 28 aujourd’hui…

Le milieu de tableau désorienté

Outre la France, qui n’a connu qu’un taux de participation de 40,3% lors du dernier scrutin, on retrouve de façon plus étonnante l’Allemagne (43,3%) ou l’Estonie (43,9%) dans les taux de participation les plus moyens aux élections européennes. «Pourtant, les Français comme les Allemands sont, selon de récentes études d’opinion, très intéressés par le débat européen, et ont une bonne connaissance des institutions européennes», note Martial Foucault, directeur du Cevipof.

Il estime qu’«il n’y a pas de désintérêt pour la chose européenne, mais comme un sentiment de fil manquant entre le vote et les législations». Il explique: «Il est par exemple très compliqué pour un député européen sortant de faire son bilan législatif. La preuve : les médias les premiers se focalisent plutôt sur la présence des députés européens dans l’hémicycle, plus simple à établir, que sur leurs faits politiques, moins aisément visibles.» Une tendance accentuée aussi par un manque de visibilité sur les vrais enjeux de ces élections. «A gauche comme à droite, même quand les partis intègrent les questions européennes à leur discours, il y a toujours un “effet bouc émissaire“. Quand il y a de bonnes séquences politiques, elles sont toujours dues à l’exécutif national. Les mauvaises toujours causées par les décisions européennes. Ce qui alimente l’euroscepticisme.»

Le système de vote perturbe aussi certains électorats. «Les  Français sont habitués à un scrutin majoritaire, qui conduit à un clivage binaire. Au Parlement européen, la proportionnelle amène un éparpillement des voix. De plus, le découpage en grandes circonscriptions rend très difficile l’identification des représentants potentiels, et dès lors incite moins les électeurs à aller voter» selon Thierry Chopin. Mais, si ces taux de participation ne sont pas énormes, «ils ne sont pas si mauvais», tempère-t-il. «Les élections se rapprochent des élections fédérales que peuvent connaître des  pays comme la Suisse ou les Etats-Unis. Or, depuis 1979, le taux de participation à ces élections a varié en Suisse entre 42 et 49%, et aux Etats-Unis en 37.5 et 55%.»

Les cancres tentés par l'euroscepticisme

Effectivement, d’autres pays européens sont beaucoup plus à la traîne. En queue de tableau au dernier scrutin, on trouve ainsi la Slovaquie  (19,6%), la Lituanie (20,9%) ou encore la Pologne (24,5%). «Pour ces pays, récemment entrés dans l’UE, le vrai vote important était celui des referenda pour leur adhésion. A côté, les élections européennes apparaissent moins importantes», analyse Thierry Chopin. «De plus, ces pays d’Europe centrale et orientale connaissent aussi des taux de participation relativement bas à leurs élections nationales. Peut-être la culture démocratique n’est-elle pas encore totalement ancrée dans ces pays?», s’interroge le spécialiste. Martial Foucault met également en avant le fait que ces pays sont «concernés par la montée des extrémismes, par les partis radicaux, ce qui entretient aussi l’euroscepticisme». Notamment sur fonds de crise économique dans la zone euro, et des conséquences sociales qu’elle ne manque pas d’avoir pour les populations.

>> Le taux de participation aux élections européennes en infographie: