Un ancien enfant-soldat sorti de l'obscurité

©2006 20 minutes

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Témoignage d'Ishmael Beah, 26 ans

« Je suis né en Sierra Leone. J'avais 12 ans quand la guerre a atteint mon village de Mattru Jong, en 1993. J'ai fui avec deux de mes frères. On ne savait pas où on allait. Puis on a rencontré un groupe d'enfants. On a cherché notre famille, mais tout le monde avait été tué. J'étais en colère et désoeuvré. J'ai continué jusqu'au village de Yele, occupé par l'armée de Sierra Leone. Il n'y avait alors pas beaucoup de différence entre les rebelles et l'armée. C'est dans ce village qu'on m'a recruté. L'armée m'a dit : “Viens avec nous ou quitte le village.” Sauf que, si je quittais le village, j'étais sûr d'être tué : on m'aurait pris pour un espion. Je n'avais pas le choix. Avec les autres enfants, on est restés. Mais, on n'imaginait pas qu'ils nous feraient combattre. Or, dès le lendemain, on a reçu un entraînement pour apprendre à tirer. J'avais peur. C'était la première fois que je tenais une arme. On est parti combattre trois jours plus tard. Je n'avais pas le temps de penser ni de ressentir quoi que ce soit. On était drogués pour nous aider à tuer. C'est devenu notre quotidien, la routine. J'avais perdu toute humanité. Puis un jour, via une ONG, je suis parti à Freetown en centre de réhabilitation. Je l'ai fait à reculons, car je perdais mon pouvoir et mon arme pour redevenir un garçon ordinaire. C'est là que j'ai réalisé ce que j'avais fait. Puis, j'ai participé à une conférence aux Etats-Unis pour l'Unicef. J'y ai rencontré Laura, qui est devenue ma mère et chez qui je vis aujourd'hui à New York, où j'étudie les sciences politiques. J'ai eu de la chance d'avoir été sorti de là. »

Recueilli par Faustine Vincent