Uruguay: Jose Mujica, le président atypique

PORTRAIT Le 40e président de l'Uruguay est connu pour son franc-parler, son mode de vie très modeste et son rejet du protocole. Un style décalé qui se retrouve dans ses décisions politiques...

Bérénice Dubuc
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Le président de l'Uruguay, Jose Mujica, lève le pouce en arrivant au palais présidentiel de Santiago du Chili, le 10 mars 2014.
Le président de l'Uruguay, Jose Mujica, lève le pouce en arrivant au palais présidentiel de Santiago du Chili, le 10 mars 2014. — AFP PHOTO / CLAUDIO REYES

Un président qui défraye régulièrement la chronique. En décembre lorsqu’il annonce lors d’une rencontre avec des entrepreneurs qu’il veut adopter, après la fin de son mandat en mars 2015, «30 ou 40 gamins pauvres et de les emmener vivre avec [lui]», le mois dernier, lorsqu’un journaliste du magazine Vice, Krishna Andavolu, l’interviewe un joint à la main, ou encore lorsqu’il fait la Une des médias internationaux qui voient en lui le président «le plus pauvre du monde» car il reverse 90 % de son salaire mensuel de 9.300 euros à des œuvres caritatives en faveur des pauvres ou des petits entrepreneurs.

José Mujica, le 40e président de l'Uruguay, est connu pour son franc-parler, son mode de vie très modeste et son rejet du protocole. A 78 ans, celui qui se définit comme un «humble paysan» ne porte jamais de cravate, et refuse de vivre au palais présidentiel, lui préférant sa ferme -composée d’une chambre et d’une cuisine rudimentaire recouvertes d'un toit en zinc- située à quelques kilomètres de la capitale, Montevideo, où il vit avec son épouse, la sénatrice Lucia Topolansky, et sa chienne Manuela, une bâtarde noire à qui il manque une patte. Son bien le plus précieux est une Coccinelle bleue de 1987, et «Pepe» Mujica, comme il est surnommé, n'utilise ni Internet ni Twitter, mais seulement un vieux téléphone portable.

Une frugalité forgée dans les geôles de la dictature militaire

«J'ai besoin de peu pour vivre. Je suis arrivé à cette conclusion parce que j'ai été prisonnier durant 14 ans, dont 10 où si la nuit, on me donnait un matelas, j'étais content», a raconté en septembre 2012 à l’AFP cet ancien guérillero tupamaro. Né le 20 mai 1935 dans une famille modeste, d’un père d'origine basque et d’une mère descendante d'Italiens, José Mujica a en effet dirigé le Mouvement de Libération Nationale -Tupamaro, la guérilla urbaine des années 1970, qui pratiquait vols armés et enlèvements.

Emprisonné de 1973-1985 dans les geôles de la dictature militaire, il a été torturé et enfermé deux ans au fond d’un puits, où il avait pour seule compagnie fourmis, grenouilles et rats. Bénéficiant des lois d'amnistie, il sort de prison en 1985 et se lance en politique: fondateur du Mouvement de participation populaire (MPP), il est élu député en 1995, puis sénateur en 1999. En 2004, il est nommé ministre de l'agriculture. Une carrière parachevée en novembre 2009, avec son élection à la présidence, sous la bannière d'une coalition de gauche, avec 53% des voix.

Décisions politiques novatrices

Et ce mandat ne lui fait pas abandonner son style décalé. Bien au contraire, celui-ci se retrouve clairement dans ses décisions politiques. Critique de la «société de consommation» et de l'«esclavagisme» moderne consistant «à vivre pour travailler» au lieu de «travailler pour vivre», Mujica a déjà fait dépénaliser l’avortement jusqu’au troisième mois de grossesse, fait adopter le mariage gay, et vient de signer la loi régulant toute la chaîne de production du cannabis sous autorité de l'Etat.

Des réformes innovantes qui s’inscrivent dans la tradition de ce petit pays de 3,3 millions d'habitants, qui a été l'un des premiers pays du monde à abolir la peine de mort, en 1907, à légaliser le divorce, en 1913, et où les femmes ont le droit de vote depuis 1923.