Manifestation en soutien à l'Ukraine à Moscou le 15 mars 2014.
Manifestation en soutien à l'Ukraine à Moscou le 15 mars 2014. — no credit

UKRAINE

Ukraine: Le conflit peut-il dégénérer en guerre mondiale?

La crise s'intensifie aux portes de l'Europe et de la Russie...

Encore une nouvelle journée de violences. Après un week-end particulièrement meurtrier en Ukraine, notamment à Odessa dans le sud du pays, la semaine a débuté par de nouveaux combats, cette fois-ci près de Slaviansk, à l’Est. Au moins quatre personnes ont été tuées dans les heurts opposant les soldats aux rebelles pro-russes.

L’Ukraine aurait-elle déjà basculé dans la guerre civile? «Le terme est excessif. S’il y a effectivement une exacerbation des tensions qui se traduit par des morts, il n’y a pas deux camps clairement établis et les forces en présence sont désorganisées, sans leaders véritables», répond Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.

«Tout se passe à moins de 500 km de Moscou»

«Quand des gens tombent sous les balles, quand d’autres sont brûlés vifs, nous nous approchons effectivement d’une situation de guerre civile…», estime l’ancien diplomate russe d’origine ukrainienne Vladimir Fedorovski. Sans compter que les peurs historiques des peuples ne cessent d’être exacerbées. «Les Russes présentent les leaders de Kiev comme des fascistes. Kiev affirme que les pro-russes sont des terroristes séparatistes», résume Yves Boyer.

Vladimir Poutine est d’ailleurs dans une situation délicate: «Ses arguments ont convaincu 85% des Russes. Il n’a jamais obtenu un tel consensus! Plus il y aura de morts, plus l’opinion attendra qu’il agisse pour protéger la population russophone d’Ukraine… Le piège s’est refermé sur lui», analyse Vladimir Fedorovski, dont l’ouvrage Poutine, l’itinéraire secret, publié aux éditions du Rocher, vient de sortir en librairie.

Les Russes ont également leurs propres intérêts à défendre. «Qu’on l’admette ou non, ils sont en droit d’estimer qu’un durcissement du conflit en Ukraine peut porter atteinte à leurs intérêts primordiaux. Tout se passe à moins de 500 km de Moscou. Si les mêmes événements se déroulaient à la frontière française, à moins de 500 km de Paris, resterions-nous inactifs?», interroge Yves Boyer.

L’urgence est de calmer le jeu

Dans ce contexte, l’urgence est de calmer le jeu, affirment les deux experts. La priorité est politique mais aussi et surtout économique. Il s’agit de restaurer le dialogue entre les Ukrainiens, alors que leur pays est au bord de la faillite, et de tout faire pour que l’élection présidentielle du 25 mai puisse se tenir, afin de doter Kiev d’un gouvernement légitime et légal.

Bref, il faut agir pour «éviter la guerre civile, qui serait le prélude à une guerre généralisée», argue Vladimir Fedorovski. «Un conflit qui se transformerait en guerre civile aux portes d’un pays doté de l’arme nucléaire porte en lui les germes d’une complication plus globale», renchérit Yves Boyer.

Et c’est l’Europe qui devrait, selon ces spécialistes, cesser de prendre partie pour jouer son rôle de médiateur, chercher à aider les forces en présence à trouver leurs intérêts communs, «qui ne sont, en vérité, pas si lointains», assure Vladimir Fedorovski. «D'autant plus que tout le monde –Ukrainiens, Américains, Européens mais aussi Russes- sortirait perdant d’une guerre généralisée», conclut l'ancien diplomate.