Vladimir Poutine a-t-il un «plan» pour l’Ukraine?

MONDE Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a jugé dimanche que les violences de vendredi à Odessa faisaient partie de ce «plan pour détruire l'Ukraine»...

Bérénice Dubuc
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Le président russe, Vladimir Poutine, à Sotchi, le 15 février 2014.
Le président russe, Vladimir Poutine, à Sotchi, le 15 février 2014. — SIPANY/SIPA

L’instabilité et les violences perdurent en Ukraine. De l’Est, elles se sont même propagées à Odessa, ville portuaire du sud, vendredi lors de la pire journée qu’a connu le pays depuis le 21 février. Une quarantaine de personnes, pour la plupart des militants pro-russes, y sont mortes, et dimanche, quelque 2.000 personnes ont lancé un assaut contre le siège de la police.

Mais si, selon des témoins cités par l'AFP, ce drame est le fruit d'une vengeance de milliers de supporteurs de football et de manifestants pro-Ukraine attaqués plus tôt par des militants pro-russes, le Premier ministre Arseni Iatseniouk a affirmé que ce drame faisait partie «du plan de la Fédération de Russie pour détruire l'Ukraine».

«Contrôle total» de l’Ukraine»

Un tel «plan» a-t-il été élaboré par le leader russe? Oui, si l’on en croit le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso: «Je n'ai aucun doute sur le fait que le but de M. Poutine est d'avoir le contrôle total de l'Ukraine», a-t-il affirmé lors d'une intervention devant l'Atlantic Council, un cercle de réflexion de Washington consacré aux relations transatlantiques.

«Il ne faut pas voir dans chaque événement pris en lui-même la main de Poutine, juge Dominique Colas, professeur à Sciences po. Il faudrait une enquête précise pour savoir si cet incendie volontaire est le fait d’agents provocateurs ou de hooligans, qui sont très brutaux et très violents dans les anciens pays soviétiques». Cependant, «il est certain que Vladimir Poutine est engagé dans une politique à moyen et long terme de reconstruction d’une Russie forte en rattachant les russophones à l’état russe», confirme le spécialiste de la Russie.

«Novorossia»

«Il a clairement annoncé qu’il souhaite qu’une partie des russophones à l’extérieur de la Russie revienne dans son giron», poursuit-il. Le président russe a d’ailleurs jugé que les villes du Sud-Est ukrainien faisaient partie à l'époque tsariste de la «Novorossia» (Nouvelle Russie), et avaient été cédées «ultérieurement» à l'Ukraine. Des remarques pas vraiment anodines, après le rattachement en mars de la Crimée, péninsule qui a fait partie de la Russie avant d'être «offerte» à l'Ukraine soviétique en 1954.

Selon l'historien américain Edward Luttwak, ancien conseiller de Ronald Reagan et de George Bush, «le projet concocté au Kremlin est celui d'un nouvel État qui comprendrait tous les territoires à l'est du Dniepr». D’autres, comme Bruno Tertrais, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, ne croient pas à un plan de rattachement formellement élaboré par le Kremlin. Le spécialiste des relations internationales juge difficile de prédire la stratégie de Vladimir Poutine, d’autant plus qu’une partie de son action se fait par opportunisme. Mais, pour lui, «l’objectif immédiat de Vladimir Poutine est plutôt de compliquer l’élection présidentielle anticipée du 25 mai pour que l’Ukraine ne devienne pas un état stable».

Le Kremlin a en effet annoncé samedi que la tenue de l’élection prévue le 25 mai serait «absurde» dans le contexte actuel de violences dans le pays. «Le danger pour Poutine est de voir un président ou une présidente légitimé.e par le suffrage universel», analyse Dominique Colas. «Or, toute sa politique depuis le départ de Ianoukovitch est de dire qu’il y a eu un coup d’état en Ukraine, que le nouveau pouvoir n’est ni légal ni légitime, donc qu’il a le droit d’engager des référendums, comme en Crimée, et même dans d’autres villes.»