Ukraine: Les violences s'étendent à Odessa

avec AFP

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Manu Brabo/AP/SIPA

L'Ukraine n'a jamais été aussi divisée et les risques d'une propagation dans le Sud sont désormais bien réels. Tandis que Barack Obama et Angela Merkel ont menacé vendredi la Russie de sanctions «sévères» en cas d'aggravation de la crise en Ukraine, l'armée mène un combat meurtrier pour le contrôle de la ville de Slaviansk.

Par ailleurs, les troubles ont pris vendredi une ampleur inédite dans la ville portuaire d'Odessa, où une manifestation en faveur de l'unité du pays a été violemment attaquée par des militants pro-russes, se soldant par quatre morts et une quinzaine de blessés. En marge des affrontements, un incendie criminel a fait 35 morts dans la ville, selon le dernier bilan.


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L'Ukraine, en proie depuis des semaines à une insurrection armée pro-russe qui s'étend dans l'est du pays, a lancé vendredi une opération militaire dans les villes de Slaviansk et Kramatorsk, perdant quatre militaires et deux hélicoptères et s'attirant les foudres de la Russie.

Lancée aux petites heures de la matinée (1h30 GMT), l'opération s'est par la suite figée en un face-à-face sous tension, avant de reprendre dans la soirée en des «combats intenses» qui ont fait passer le bilan à quatre morts parmi les soldats ukrainiens, selon le ministère de la Défense.

«Les criminels ont essuyé de lourdes pertes: beaucoup de morts et de blessés, de nombreux prisonniers. Malheureusement, nous avons des informations sur deux morts et sept blessés parmi nos soldats», a déclaré le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, dans une adresse télévisée à la nation.

«Coup de grâce de l'accord de Genève»

Les rebelles avaient pour leur part fait état dans la journée d'un bilan de cinq morts, «trois membres des milices populaires et deux civils tués» dans l'assaut.

La Russie, que Kiev et l'Occident accusent de téléguider le mouvement pro-russe, a réagi avec virulence à l'annonce de l'opération militaire, qu'elle a qualifiée de «raid de représailles» et de «coup de grâce à l'accord de Genève», péniblement conclu à la mi-avril entre Moscou, Kiev et les Occidentaux.

«Les autorités (...) doivent revenir à la raison et mettre fin au meurtre de leurs propres citoyens. Sinon, le pays pourra connaître un bien triste destin», s'est indigné le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev. «La responsabilité de la guerre contre son propre peuple revient à ceux qui prennent des décisions à Kiev», a-t-il ajouté.

Slaviansk, l'une des douzaines de villes sous le contrôle pro-russe

La Russie a répété son message vendredi devant le Conseil de sécurité de l'ONU, exigeant que Kiev «mette fin à ses opérations punitives» dans l'est de l'Ukraine, les Occidentaux rejetant pour leur part sur Moscou la responsabilité du regain de tension.

Moscou a parallèlement accru sa pression sur Kiev en signalant au cours d'une réunion à Varsovie qu'elle pourrait réduire ses livraisons de gaz faute de prépaiement d'ici à la fin mai.

Slaviansk fait partie de la douzaine de villes de l'Est ukrainien actuellement sous le contrôle des séparatistes pro-russes, mais la situation y est particulièrement sensible en raison de la présence dans la ville d'une équipe d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), retenus sur place par les rebelles depuis une semaine.

L'attaque de Slaviansk, un frein à la libération des otages

«Cette attaque à Slaviansk va retarder la libération des membres de l'OSCE», a estimé Denis Pouchiline, leader des séparatistes à Donetsk, la capitale régionale.

Les négociations pour obtenir la libération des 11 hommes (sept étrangers et quatre Ukrainiens) se trouvent dans «une phase très sensible», a averti vendredi à Berne le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.

Le Kremlin, pressé par les Occidentaux ces derniers jours d'intervenir en leur faveur, a annoncé vendredi avoir dépêché il y a plusieurs jours déjà un émissaire, Vladimir Loukine, pour participer aux négociations sur leur sort.