Chirac vacille sur l'Iran

POLEMIQUE Après avoir minimisé le danger pour Israël d'un Iran nucléaire, il est revenu sur ses propos...

Clémence Lemaistre

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Jacques Chirac se rendra en Thaïlande puis en Inde, à partir de vendredi. Accompagné de Thierry Breton (Economie et Finances), Michèle Alliot-Marie (Défense), Philippe Douste-Blazy (Affaires étrangères), Léon Bertrand (Tourisme) et Christine Lagarde (Commerce extérieur), M. Chirac rencontrera à plusieurs reprises le roi Bhumibol Adulyadej.
Jacques Chirac se rendra en Thaïlande puis en Inde, à partir de vendredi. Accompagné de Thierry Breton (Economie et Finances), Michèle Alliot-Marie (Défense), Philippe Douste-Blazy (Affaires étrangères), Léon Bertrand (Tourisme) et Christine Lagarde (Commerce extérieur), M. Chirac rencontrera à plusieurs reprises le roi Bhumibol Adulyadej. — Patrick Kovarick AFP/Archives

«Il n’y a pas matière à polémiquer». Le Premier ministre Dominique de Villepin est venu à la rescousse, jeudi en début d’après-midi depuis Bucarest, du chef de l’Etat, bousculé après ses propos sur l’Iran. Au cours d’un entretien avec des journalistes du «Nouvel Observateur», du «International Herald Tribune» et du «New York Times», Jacques Chirac a déclaré que ce n'est pas tant le fait que l'Iran «possède une bombe nucléaire qui serait dangereux». Précisant: «Où l'Iran enverrait-il cette bombe? Sur Israël? Elle n'aura pas fait 200 mètres dans l'atmosphère que Téhéran sera rasée». Mais, ce qui «est dangereux, très dangereux (…) c’est la prolifération nucléaire».

Ces propos n’ont pas manqué de provoquer une polémique. Sur le fond et sur la forme.

Sur le fond : la volte-face sur l’Iran

D’abord, comme le précisent les journalistes ayant participé à l’entretien lundi matin, ils ont été convoqués à nouveau par l’Elysée le mardi pour rectifier le tir. «Iran: Chirac rectifie Chirac», peut-on lire dans un encadré du «Nouvel Observateur». «Chirac divague sur l’Iran puis retire ses propos», titre à la une l’«International Herald Tribune», visiblement étonné par ce type de pratique.

Et Chirac de se justifier en expliquant qu’il pensait «que la discussion sur l’Iran était off (…)». L’entretien portant sur la lutte contre le réchauffement climatique. «C’était un raccourci schématique, extrêmement schématique. Plus encore c’est une formule que je retire.»

Ensuite, la première déclaration de Chirac va à l’encontre de la position française sur le dossier du nucléaire iranien. Et le Premier ministre a beau préciser que la position du Président a toujours été très claire vis-à-vis de l’Iran («L'Iran doit satisfaire à ses obligations et engagements. Si c'est le cas, la France est ouverte au dialogue»), c’est loin d’être vrai.

La presse américaine se plait ainsi à préciser qu’à Noël, l’Elysée avait envisagé d’envoyer son ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, à Téhéran pour discuter du dossier libanais. Au moment où le Conseil de sécurité de l’ONU se penchait sur la question des sanctions à adopter à l’encontre du pays pour le contraindre à renoncer à son programme nucléaire.

Une initiative critiquée aussi bien par les alliés de la France à l’ONU que par certains membres du gouvernement.

Sur la forme : la presse américaine et la santé du président

Enfin, comme le note l’«International Herald Tribune», Chirac durant «le premier entretien, qui a eu lieu le matin, avait l’air distrait, cherchant dates et noms et se reposant sur ses conseillers pour remplir les blancs.
Ses mains tremblaient légèrement. Quand il parlait du changement climatique, il lisait des notes écrites en gros caractères et surlignées.» Rien à voir avec la seconde rencontre «qui s’est tenue après le déjeuner. Il avait l’air sûr de lui et à l’aise sur les sujets abordés.»

Une différence d’attitude que n’ont pas soulignée les journalistes français. Mais qui ne manquera pas d’alimenter les rumeurs sur la santé défaillante du Président.