Cazeneuve à Londres: Le plan «anti-djihad» des Anglais, c’est quoi?

TERRORISME La stratégie «Prevent», née après les attentats de Londres s’appuie sur un volet préventif que la France s’apprête à mettre en œuvre...

William Molinié

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Des jihadistes francophones en Syrie, qui se sont filmés avec leurs propres téléphones portables à la mi-février.
Des jihadistes francophones en Syrie, qui se sont filmés avec leurs propres téléphones portables à la mi-février. —

Comment empêcher que des ressortissants européens se retrouvent sur le front en Syrie? Français, Britanniques, Belges et Allemands vont évoquer ce mercredi après-midi à Londres la problématique des djihadistes en partance ou déjà sur zone de conflit.

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Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a rappelé ce mardi à l’Assemblée nationale que sur les quelque 740 Français détectés comme «appartenant […] à une des filières terroristes syriennes», 300 se trouvaient actuellement en Syrie, 130 seraient en transit et 130 autres seraient de retour. En tout, 25 personnes y ont trouvé la mort.

Stopper la propagation d’idéologies extrémistes

Les Belges et les Allemands, eux aussi, sont confrontés à l’explosion du phénomène, qui trouve sur le web des relais florissants. Les Anglais vont présenter les mesures mises en place au lendemain des attentats de Londres le 7 juillet 2005, où quatre kamikazes britanniques, radicalisés en Angleterre, ont fait 56 morts et 700 blessés.

Le plan britannique «Prevent» se base sur la limitation de diffusion des discours radicaux et sur l’identification des individus à risque ainsi que leur réhabilitation. «La stratégie Prevent est compliquée, elle a plusieurs volets: il s'agit d'une part de stopper la propagation d'idéologies extrémistes, et d'autre part, d'identifier les personnes vulnérables avant leur radicalisation et de faire en sorte qu'elles retrouvent une place dans la société» a expliqué à France Info, Rafaello Pantucci, spécialiste de l'anti-terrorisme à l'institut Rusi.

Plus de visibilité à l’aide humanitaire

Au cours de cette phase de prévention, des agents britanniques se déplacent et mettent en avant les aides humanitaires en direction de la Syrie. Le plan Français, d’ailleurs, prévoit une action en ce sens. «Il faut éviter l’exploitation de la compassion par les réseaux terroristes et le détournement des dons. C’est pourquoi il est nécessaire de donner davantage de visibilité à l’aide humanitaire et européenne», lit-on dans le rapport du conseil des ministres du 23 avril.

Si l’outil de prévention échoue et que les individus partent quand même, leur situation se retrouve prise en charge par les services classiques de renseignement. L'expérience anglaise est critiquée par certains experts. C'est le cas de Wasim Nasr, journaliste spécialiste des mouvements djihadistes, qui estime qu'il «a été un échec, comme les programmes de réhabilitation en Arabie Saoudite».

«A Londres, des associations de musulmans ont demandé des financements sous prétexte qu’elles avaient des éléments radicaux au sein de leurs communautés et qu’elles devaient être soutenues pour les déradicaliser. Du coup, des associations chrétiennes se sont insurgées car elles, n’avaient pas de terroristes “à dénoncer” pour collecter des fonds», a-t-il expliqué dans nos colonnes.

Déchéance de nationalité

Le plan de Bernard Cazeneuve, jugé tardif et timide par les experts, prévoit aussi l’inscription dans plusieurs fichiers policiers – Fichier des personnes recherchées (FPR) et Système d’information Schengen (SIS) – des personnes soupçonnées de vouloir partir combattre, ce qui permettra de les appréhender lorsqu’elles se présenteront dans un aéroport.

Le gouvernement Français, tout comme son homologue britannique, veut également retirer les passeports des suspects. Et prévoit la déchéance de nationalité pour ceux qui rentreraient embrigadés. «Cette disposition existe déjà. Il faut que la personne ait été naturalisée et qu’elle ait une double nationalité car on ne peut pas créer d’apatride», souligne-t-on néanmoins à Beauvau.