Cyberdjihadisme: La France veut rattraper son retard sur ses voisins européens

DÉCRYPTAGE Les autres pays européens ont adopté depuis quelque temps déjà des plans ultra-préventifs pour repérer les jeunes potentiellement réceptifs et prévenir leur départ...

Bérénice Dubuc

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Un combattant en Syrie, le 23 septembre 2012.
Un combattant en Syrie, le 23 septembre 2012. —

Une rencontre pour améliorer la réponse à la lutte contre le cyberterrorisme islamiste. Bernard Cazeneuve est à Londres ce mercredi pour notamment discuter avec ses homologues britannique, belge et allemand du volet 2.0 de son plan antidjihad.

Car, alors que les djihadistes ont investi Internet et les réseaux sociaux, devenus principaux vecteurs d’endoctrinement, et que les autres pays européens ont déjà mis en place des programmes pour repérer les jeunes potentiellement réceptifs à ce pan du cyberdjihadisme -propagande sur Internet (diffusion d’informations de haine, appel au djihad sur des sites et des forums), mais aussi recrutement et embrigadement via le Web 2.0 (soit les réseaux sociaux comme Facebook ou MySpace)- et prévenir leur départ depuis plusieurs années (un centre d’appel a par exemple été créé en 2012 en Allemagne), la France est en retard en la matière.

Prévention et de sensibilisation

«Jusqu’à présent, la doctrine française était exclusivement répressive. Le plan présenté la semaine dernière ajoute enfin un volet préventif», explique à 20 Minutes Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université de Toulouse et auteur du livre Les nouveaux terroristes (éd. Autrement, 2010). «Il y a à présent une volonté de gestion sur le plan psycho-social. En cela, la France rattrape son retard par rapport à tous les autres pays européens, qui ont adopté depuis quelque temps déjà des plans ultra-préventifs», rappelle le spécialiste.

Il explique que, par exemple, dès le début de la guerre en Syrie il y a trois ans, les acteurs sociaux et éducatifs en Belgique ou aux Pays-Bas ont commencé un travail de prévention et de sensibilisation, en allant dans les écoles, dans les quartiers pour discuter, «non seulement avec les personnes potentiellement réceptives, mais aussi avec leur environnement social -parents, familles…» L’objectif est en effet d’associer les proches pour améliorer le dispositif.

La France, premier fournisseur européen de djihadistes en Syrie

«Ce système n’empêche certes pas le départ des très radicalisés -pour eux, il n’y a quasiment rien à faire, mais il fonctionne pour les autres», assure Mathieu Guidère. «La preuve: la France est le premier pays européen fournisseur de djihadistes en Syrie.» En effet, alors que quelque 1.700 djihadistes européens combattent en Syrie, plus de 300 sont français, contre 300 belges, 240 allemands et 150 hollandais.

«Ce plan est très tardif, très compliqué à mettre en place -non seulement en ce qui concerne les questions de libertés, mais aussi parce qu’il suppose que les moyens humains seront mis en place dans le renseignement et que les acteurs seront formés à la détection des signes de radicalisation, et il n’est pas sûr qu’il empêchera les départs. Cependant, il permettra peut-être d’arrêter ceux qui reviennent.»