Ukraine: Les différentes théories des tueries de Maïdan

MONDE La version officielle du nouveau gouvernement ukrainien sur la tuerie de Maïdan entre le 18 et le 20 février dernier est remise en cause par le reportage d’une télévision allemande...

Bérénice Dubuc

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Des manifestants se protègent des tirs des snipers, rue Institutskaya, à Kiev, le 20 février 2014.
Des manifestants se protègent des tirs des snipers, rue Institutskaya, à Kiev, le 20 février 2014. — AFP PHOTO / SERGEI SUPINSKY

En attendant les conclusions de l’enquête préliminaire lancée vendredi par la Cour pénale international (CPI) sur les violences qui se sont déroulés à Kiev avant la chute de l’ancien président Viktor Ianoukovitch, plusieurs théories s’affrontent pour déterminer les responsabilités des tueries qui ont fait près de 90 morts près de Maïdan entre le 18 et le 20 février dernier.

Alors que le gouvernement ukrainien a arrêté plusieurs membres des forces spéciales antiémeutes («berkout»), jugées responsables de ce massacre, un reportage du réseau de chaînes publiques régionales allemande ARD repéré par Rue89, «pas particulièrement réputé pour être pro-russe» selon Philippe Migault, chercheur à l’Iris, vient appuyer les dires des Russes, qui affirment depuis le début que les snipers qui ont tiré sur les manifestants le 20 février étaient du côté des contestataires.

«Il y a d’autres tireurs»

Selon l’enquête des journalistes allemands, diffusée le 11 avril et mise en ligne par LesCrises.fr dans une version sous-titrée en français le 24 avril, au moins deux équipes de snipers étaient présentes: celle des berkout, et une seconde équipe dont les tirs semblaient provenir du QG de l’opposition, à l'hôtel Ukrainia.

L’identité de ces derniers n’est pas dévoilée, mais leur présence est avérée par plusieurs témoignages (vidéo, impacts de balles dans les arbres…), ainsi que par des enregistrements audio des échanges entre les berkout, qui  s'étonnent de voir des tirs en direction de «manifestants désarmés» et qui comprennent qu’«il y a d’autres tireurs», et se demandent qui ils sont.

Début avril, les autorités ukrainiennes ont présenté leurs conclusions sur les auteurs des massacres près de Maïdan entre le 18 et le 20 février. Selon ce rapport, le président Viktor Ianoukovitch a donné l’ordre d’agir par la force pour mettre un terme aux manifestations. Ordre auquel ont répondu une unité spéciale des berkout et une centaine d’hommes du groupe Alpha, unité antiterroriste du SBU (les services secrets ukrainiens). Douze officiers des berkout ont d’ailleurs été arrêtés. Des conclusions en opposition avec la thèse défendue côté russe, selon laquelle certains chefs de l’opposition sont les commanditaires des tueries.

Des éléments troublants

Dès le 20 février, le site de la télévision russe d'information en continu RT publiait sur YouTube une vidéo de snipers dans une chambre de l’hôtel Ukraina. Et début mars, la même chaîne affirmait que les snipers qui avaient abattu des manifestants à Maïdan avaient été embauchés par des leaders de l’opposition, et publiait un enregistrement piraté d’une conversation téléphonique entre la responsable de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et le ministre des Affaires étrangères estonien, Urmas Paet.

Dans cet échange, dont l’authenticité a été confirmée par le ministère des Affaires étrangères estonien, Urmas Paet rapporte les propos d’«Olga», médecin présente au moment des premiers tirs, qui dit que «ce sont les mêmes snipers qui tuent des gens des deux côtés».

Contacté par 20 Minutes, le cabinet de la Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères n’a pas souhaité commenter cette conversation téléphonique, mais a tenu à réaffirmer que Catherine Ashton soutenait les investigations de la CPI et qu’il fallait absolument que les autorités enquêtent sur les violences survenues à Kiev à cette période.