VIDEO. Des associations portent plainte contre Auchan, un an après la catastrophe du Rana Plaza

JUSTICE Le distributeur est accusé d'avoir trompé ses clients sur les conditions de fabrication de ses produits à l'étranger...

Audrey Chauvet

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Le parking de l'hypermarché Auchan d'Englos, le 27 juin 2011.
Le parking de l'hypermarché Auchan d'Englos, le 27 juin 2011. — AFP PHOTO / P. HUGUEN

Des étiquettes sur les pantalons: pour les associations de défense des travailleurs asiatiques, ce sont des preuves accablantes de l’implication du groupe Auchan dans la catastrophe du Rana Plaza, cet immeuble du Bangladesh qui s’est effondré le 24 avril 2013 sur des milliers d’ouvriers du textile. Ce jeudi, soit un an jour pour jour après le drame qui a fait 1.138 morts et plus de 2.000 blessés, trois associations ont porté plainte contre Auchan pour avoir trompé ses clients sur les conditions de fabrication des produits à l'étranger.

L'association Peuples Solidaires, le collectif Ethique sur l'étiquette et l’association Sherpa entendent dénoncer des «pratiques commerciales trompeuses», «de nature à induire les consommateurs français en erreur sur les conditions sociales de fabrication des produits». «Nous avons visé Auchan car le groupe a clairement fait fabriquer des vêtements dans le Rana Plaza, explique Vanessa Gautier, coordinatrice du collectif Ethique sur l’étiquette. Nous voulons mettre la pression sur ce groupe qui refuse d’indemniser les victimes au Bangladesh et qui espère s’en sortir avec des messages de responsabilité sociale qui ne sont que de la communication.»

Plainte «symbolique»

Bien que la plainte ne soit que «symbolique», les associations veulent également «interpeller sur la nécessité de maîtriser toute la filière d’approvisionnement»: «Nous espérons faire avancer la responsabilisation des entreprises vis-à-vis de l’ensemble de leurs filiales», poursuit Vanessa Gautier. Pourtant, chez Auchan, on assure que le groupe «n’a aucun lien direct ou indirect» avec le Rana Plaza: «Nous n’avons jamais passé commande sur ce site ni travaillé avec une entreprise qui y avait recours», assure le service communication du groupe Auchan, contacté ce jeudi par 20 Minutes. «Nous avons bien sûr été touchés par le drame et nous participons à un programme d’audits sur les bâtiments d’usines textiles au Bangladesh. Nous avons aussi lancé un plan d’action sur la sous-traitance non déclarée.»

Une «défense très cynique» pour Me William Bourdon, président de l'association Sherpa: «La schizophrénie affichée n'est pas tenable et n'est plus acceptée ni par les victimes, ni par les grandes ONG et derrière, les consommateurs», lance-t-il. «On ne peut pas d'un côté se targuer d'être une entreprise très responsable, de faire la différence même par rapport à d'autres grandes enseignes sur les valeurs qu'on respecte, et de l'autre ne pas connaître les sous-traitants avec qui on travaille», renchérit Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux chez Sherpa. «Nous attendons du parquet de Lille qu'il déclenche une enquête préliminaire au plus vite, sachant que de très nombreux témoins sont disponibles, y compris au Bangladesh», assure Me Bourdon.