Chine: Dixième jour de grève pour des ouvriers fabriquant des chaussures Nike et Adidas

MONDE Ils veulent que leur employeur s’acquitte des cotisations sociales…

Audrey Chauvet

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Les ouvriers de l'usine Yueyuen en grève, en Chine, le 19 avril 2014.
Les ouvriers de l'usine Yueyuen en grève, en Chine, le 19 avril 2014. — STR/EyePress/NEWSCOM/SIPA

Ils ne seraient pas moins de 30.000 à avoir débrayé. Les ouvriers de Yueyuen, un sous-traitant chinois pour les marques Nike, Adidas et Converse, situé à Dongguan, dans le sud-est du pays, ont cessé le travail depuis le 14 avril. Ils reprochent notamment à leur employeur de ne pas avoir versé les cotisations sociales à hauteur des heures supplémentaires qu’ils ont effectuées, sans compter les conditions salariales déplorables, les contrats de travail lacunaires et les carences dans leur couverture sociale.

Menaces de délocalisation

La direction de l’entreprise s’est engagée à effectuer un rattrapage dans ces versements d’ici fin 2015, a relaté à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, une salariée du site. Mais cette proposition a été rejetée par les ouvriers en grève, inquiets par la perspective que la direction puisse brusquement décider de fermer l’usine pour la délocaliser, sans honorer ses promesses. Les salariés sont d’autant plus inquiets que la hausse rapide des salaires chinois depuis 2010 a provoqué le départ de plusieurs fabricants de textiles ou de jouets de la province du Guangdong, surnommée «l’usine du monde», dans le sud-est du pays.

La délocalisation ne devrait toutefois pas être une menace, estime l’ONG Peuples solidaires, qui y voit une «fausse excuse» des donneurs d’ordre occidentaux. «Pouvoir se délocaliser vers des pays moins disant sur le plan social ou la liberté syndicale n’est pas une raison pour ne pas respecter les droits humains», martèle Vanessa Gautier, coordinatrice du collectif Ethique sur l’étiquette, qui appelle les marques occidentales à endosser leurs responsabilités. «Ils aiment beaucoup se cacher derrière les fournisseurs locaux en disant que ce qui se passe dans les usines ne les regarde pas, mais ce sont eux qui bénéficient de cette main d’œuvre bon marché et qui ont le pouvoir d’impulser des changements dans les conditions de travail», juge Vanessa Gautier.

Peur des représailles

En Chine, comme dans d’autres pays d’Asie, ce n’est toutefois pas la peur du chômage qui freine le plus les mouvements sociaux: la répression policière est toujours présente et la liberté syndicale balbutiante. «Personne n’ose se lever et prendre la tête de la contestation, car nous avons tous peur que l’usine exerce des actions de représailles par la suite», a confié une salariée du site de Yueyuen à l’AFP.

L’organisation China Labor Watch, spécialisée dans les mouvements sociaux du secteur industriel chinois, a diffusé une série de photos montrant le déploiement de centaines de policiers autour de l’usine, certains équipés de matériel anti-émeute et d’autres tenant en laisse des bergers allemands. Selon l’ONG, les policiers ont frappé ou interpellé plusieurs ouvriers depuis le début de la grève et plusieurs d’entre eux auraient été incarcérés provisoirement en fin de semaine dernière. Le seul syndicat toléré en Chine est celui émanant de l’Etat-parti et les mouvements de grève sont souvent violemment réprimés. Ou rabaissés à de simples «effets de foule» ou «émotions», comme l’a déclaré le porte-parole de Yueyuen.

L’industrie textile emploie 6 millions de personnes en Chine et représente 7,1 % du produit intérieur brut. Dans la province du Guangdong, le salaire mensuel minimum est de 1.550 yuans par mois, soit environ 186 euros. Il a été augmenté de 19 % en 2013 dans le cadre d’un programme national visant à accroître de 13 % l’ensemble des salaires minimums dans le pays avant 2015.