Naufrage du ferry en Corée: Gouvernement, secours et équipage attaqués par les parents

COREE DU SUD Les familles des victimes critiquent la gestion pendant et après la catastrophe, alors que 271 personnes n’ont toujours pas été retrouvées…

20 Minutes avec AFP

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Un moine bouddhiste et des proches des passagers prient lors d'une cérémonie à Jindo, au sud de Séoul, le 18 avril 2014.
Un moine bouddhiste et des proches des passagers prient lors d'une cérémonie à Jindo, au sud de Séoul, le 18 avril 2014. — Lee Jin-man/AP/SIPA

Les parents des lycéens disparus dans le naufrage d'un ferry au large de la Corée du Sud ont accusé vendredi d'incompétence le gouvernement, les secours et l'équipage du bateau, qui était dirigé au moment de l'accident par un officier subalterne, et non le capitaine.

Vingt-cinq corps ont été retrouvés, selon le bilan donné dans la nuit par les garde-côtes. Sur les 475 personnes à bord du Sewol, dont plus de 300 lycéens, 179 personnes sont saines et sauves. Il en manque 271 à l'appel.

Les chances de retrouver des survivants s’amenuisent

Quelque 500 plongeurs ont été déployés sur le site, à une vingtaine de km de la côte méridionale, mais de violents courants et une mauvaise visibilité les empêchent de pénétrer dans le bâtiment à plusieurs ponts, dont seule la quille sort de l'eau. Il s'agit de tenter de retrouver d'éventuels survivants qui se seraient réfugiés dans des poches d'air, une hypothèse de moins en moins crédible au fur et à mesure que le temps passe.

Vendredi, le procureur a indiqué qu'au moment de l'accident, mercredi vers 9h du matin, le ferry était dirigé par un officier subalterne et non par le capitaine. Le capitaine Lee Joon-Seok, violemment critiqué par les proches des disparus pour avoir quitté le navire alors que des centaines de passagers se sont retrouvés piégés, était «à l'arrière», a indiqué Park Jae-Eok lors d'une conférence de presse, sans donner de détails.

La cause du naufrage encore inconnue

Les causes de l'accident ne sont pas connues. De nombreux passagers disent avoir entendu un grand bruit suivi d'un arrêt soudain du ferry, ce qui pourrait signifier que le navire a heurté le fond ou percuté un objet immergé. Des experts évoquent aussi la possibilité que la cargaison du navire, quelque 150 véhicules, se soit déplacée, le déséquilibrant irrémédiablement. Le capitaine a affirmé qu'il n'avait pas heurté de rocher.

L'opérateur du Sewol, Chonghaejin Marine Co., a indiqué que le capitaine, 69 ans, avait de nombreuses années d'expérience et effectuait depuis huit ans la liaison Incheon-Jeju, sur laquelle l'accident s'est produit. La colère des proches des victimes et disparus s'amplifie tous les jours. Les parents notamment, dévorés d'angoisse et de chagrin, critiquent violemment les autorités, accusées d'indifférence et de tromperie.

Colère des familles

«Le gouvernement a menti, hier», a déclaré vendredi un homme, qui dit parler au nom de tous les parents, dans une intervention retransmise en direct à la télévision sud-coréenne. «J'en appelle à tous. Est-ce ainsi que les choses se passent en Corée du Sud? Nous vous supplions une fois de plus, je vous en prie, sauvez nos enfants». Il affirme n'avoir vu sur le site du drame que quelques embarcations et plongeurs, loin des 500 plongeurs, 169 bateaux et 29 aéronefs que les autorités affirment avoir envoyé sur les lieux. Avec d'autres parents, il s'était rendu sur place jeudi, sur un bateau affrété par les secours pour les proches des victimes.

Dans le gymnase de Jindo, l'île voisine du lieu du drame, qui accueille des centaines de proches des disparus, un écran retransmet les efforts des secouristes, mais les parents ont vite cessé de regarder ces images, noyées dans le brouillard.

Les proches regrettent aussi amèrement que les passagers aient reçu la consigne de ne pas bouger de leur siège ou leur cabine après que le ferry s'est immobilisé, suite à un choc. Trente à quarante minutes plus tard, le bateau a commencé à piquer du nez mais il était trop tard pour beaucoup d'occupants, incapables de ramper le long des corridors en oblique, où l'eau entrait à flots.

La Corée pensait avoir relégué dans le passé ce type de drames

L'ampleur de la catastrophe a stupéfait la Corée du Sud, pays riche et moderne qui pensait avoir relégué dans le passé ce type de drames. Un accident d'autant plus cruel que nombre de victimes étaient des adolescents. Lors de la conférence de presse des enquêteurs, Lee Seong-Yoon, lui aussi procureur, a assuré: «nous ferons en sorte (...) que les responsables (de l'accident) auront des comptes à rendre».

Le président Barack Obama, en visite officielle à Séoul les 25 et 26 avril, a envoyé «ses condoléances les plus sincères» aux familles des victimes. «Nos coeurs se tournent vers nos amis coréens qui souffrent d'une telle perte, et notamment la perte de tant de jeunes écoliers», a-t-il déclaré.