Algérie: Ali Benflis, grand gagnant de la présidentielle?

DÉCRYPTAGE Cet ancien Premier ministre de Bouteflika fait une campagne remarquable, et pourrait jouer un rôle important au lendemain de la présidentielle de jeudi...

Bérénice Dubuc

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Ali Benflis lors d'un meeting électoral le 5 avril 2014 à Batna
Ali Benflis lors d'un meeting électoral le 5 avril 2014 à Batna — Farouk Batiche AFP

Ali Benflis. Ce sera le nom à retenir de l’élection présidentielle algérienne. Ancien ministre de la Justice, député du FLN, directeur de la campagne électorale de Bouteflika en 1999 et ancien Premier ministre, le principal rival du président-candidat n’est pas un inconnu sur la scène politique algérienne. Candidat à l’élection présidentielle de 2004, il était même arrivé en deuxième position derrière le président sortant, avec 6,42 % des voix.

«C’est le score que lui a octroyé le pouvoir à l’époque. Les résultats ne correspondent pas à la réalité des urnes en Algérie», rappelle Luis Martinez, directeur de recherche au Ceri Sciences Po. Mais cette fois, pas question pour Ali Benflis, 69 ans, de se taire en cas de fraudes avérées. Il a d’ailleurs mis en place un «plan contre la fraude»: «60.000 observateurs» doivent ainsi s’assurer jeudi du bon déroulement du scrutin «du commencement de l’opération à la remise des procès-verbaux», a-t-il expliqué au Figaro.

Futur vice-président?

Un tel candidat, qui se dresse contre le systèmepourrait-il, au lendemain de l’élection, incarner l’opposition? Pas forcément, selon Lahouari Addi, professeur de sociologie à Sciences Po Lyon, membre du laboratoire Triangle et actuellement professeur invité à Georgetown University, qui rappelle que «le régime ne veut pas avoir d’acteurs politiques, opposants compris, enracinés dans la population, mais qu’ils soient l’émanation des différents courants de l’armée et de l’administration.»

«Selon les rumeurs, et la rumeur est un canal d’information parfois fiable dans les régimes autoritaires, le commandement militaire a décidé de faire élire Bouteflika et de modifier la Constitution juste après pour nommer un vice-président qui prendra sa place un ou deux ans plus tard». Et selon Lahouari Addi, Ali Benflis, qui incarne «l’aile réformatrice du régime», pourrait se voir proposer ce poste de vice-président.

Le spécialiste n’exclut pas non plus que celui qui a réussi à mobiliser la population ces dernières semaines en faisant une «campagne dynamique» puisse être élu jeudi. «Qu’il batte démocratiquement un président sortant, cela pourrait donner de la crédibilité au régime. Un courant d’officiers réformateurs pourrait soutenir cette option.»

«Pas un révolutionnaire»

Car Ali Benflis n’est pas un révolutionnaire, rappelle Mohamed Sifaoui, journaliste et auteur de Histoire secrète de l’Algérie indépendante (éditions Nouveau Monde). «Benflis est un enfant du système. De par son parcours, ses idées, son appartenance au FLN, on peut être sûr qu’il n’y aura pas de vrai changement avec lui.»

Et de préciser que si le candidat a l’intention de mettre en œuvre des changements, ceux-ci ne seront que cosmétiques, «alors même que le pays a besoin de modifications plus profondes». Mohamed Sifaoui cite ainsi l’exemple de la dissolution de la police politique, «question centrale pour jeter les bases d’une véritable démocratie» mais qui n’est absolument pas abordée dans le programme ou le discours d’Ali Benflis. «Cela donne un aperçu de son absence de volonté de refonder le système sur des bases démocratiques», conclut-il.