Les heurts entre Espagnols et Latinos inquiètent Madrid

©2006 20 minutes

— 

Une bagarre entre filles, et l'Espagne s'embrase. Les affrontements qui ont opposé le week-end dernier Espagnols et Sud-Américains dans la banlieue sud de Madrid seraient liés à une banale dispute entre copines. L'une mexicaine, l'autre espagnole. A la veille de ce nouveau week-end, le pays s'inquiète : ces incidents sont-ils un dérapage isolé ou les premières manifestations d'opposition entre communautés ? Pendant deux jours, Alcorcón, cité-dortoir de 160 000 habitants, dont 13 % d'immigrés, a vu ses habitants espagnols et latino-américains se battre à coups de couteaux et de battes de base-ball. Les rixes ont fait sept blessés, dont un grave, et se sont soldées par neuf interpellations.

Ces incidents constituent une première en Espagne, où, durant la dernière décennie, trois millions de Latino-Américains se sont installés sans provoquer de problème. Mais les témoignages recueillis par les médias depuis l'embrasement livrent un autre son de cloche. Les Espagnols interrogés parlent d'agressions quotidiennes auxquelles se livreraient, selon eux, les sudacas, terme péjoratif qui désigne les Sud-Américains. D'après la police, dans tout le pays, 1 300 jeunes latinos opéreraient en bandes – les Latin Kings, les Ñetas ou les Dominicans Don't Play –, excroissances espagnoles des gangs du Nouveau Continent.

De l'autre côté, les Latinos disent craindre les représailles. La mère de deux adolescents interpellés ce week-end, qui témoigne dans El País, refuse ainsi de retourner dans son appartement d'Alcorcón. Des groupes liés à l'extrême droite auraient en effet profité des incidents pour sortir du bois.

A. Le Goff

Des groupes d'extrême droite ont appelé à manifester demain. « Certains groupes utilisent ces incidents pour faire passer leur message de haine », accuse Macario Villalon, président d'une asso pour l'intégration des étrangers.