Ukraine: Pourquoi Kiev hausse le ton

UKRAINE Le gouvernement a lancé une «opération antiterroriste» à Slaviansk, dans l'Est du pays, qui a déjà fait au moins un mort...

Céline Boff
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La police anti-émeute fait face à des activistes pro-russes à Donietsk, en Ukraine, le 12 avril 2014.
La police anti-émeute fait face à des activistes pro-russes à Donietsk, en Ukraine, le 12 avril 2014. — Efrem Lukatsky/AP/SIPA

«Ne sortez pas de chez vous et tenez-vous éloignés des fenêtres». Les habitants de Slaviansk, une ville de 100.000 âmes située dans l’Est de l’Ukraine, ont assisté dimanche à la riposte de leur gouvernement. Il a lancé plusieurs unités pour reprendre le contrôle du commissariat et du siège des services de sécurité, tombés la veille aux mains des opposants pro-russes.

Ces derniers mènent depuis une semaine déjà une série d’attaques contre des bâtiments publics dans les principales villes de l’Est du pays. Si la Russie, qui a massé quelques 40.000 soldats le long de ses frontières communes avec l’Ukraine, dément être à l’origine de ces troubles, elle cherche toutefois à protéger les insurgés et a mis en garde Kiev contre tout recours à la force.

Risque d’éclatement du pays

En lançant son «opération antiterroriste» qui a déjà fait plusieurs morts et blessés des deux côtés, le gouvernement ukrainien a donc choisi d’ignorer les menaces de Moscou et ces événements rappellent le scénario joué en mars en Crimée. Des hommes armés non identifiés – mais définis comme étant des militaires russes par tous les observateurs- avaient mené des attaques dans cette région. A l’issue d’un référendum non reconnu par Kiev, la péninsule ukrainienne avait finalement été rattachée à la Russie.

L’histoire est-elle en train de se répéter? Depuis le 6 avril en tout cas, des séparatistes réclament un rattachement de l’Est de l’Ukraine à la Russie ou au minimum une «fédéralisation» de la Constitution ukrainienne pour donner de grands pouvoirs aux régions. Le gouvernement de Kiev, qui redoute un éclatement du pays, refuse, et propose une «décentralisation».

La Russie, ce premier partenaire commercial

Les opposants demandent également la tenue d’un référendum, dont l’issue ne serait pas positive pour Kiev. Car si le cœur de nombre d’habitants de l’Ukraine de l’Est penche pour la Russie, leur portefeuille aussi. Ils y écoulent en effet la quasi-totalité de leurs productions industrielles, qu’il s’agisse de charbon, d’acier ou encore de turbines.

«Dans notre usine, 70 %, voire même 80 % des commandes vont vers la Russie. Alors comment pouvons-nous l’ignorer? Qui va acheter notre production?», s’interroge auprès de l’AFP Alexandre, 32 ans, technicien dans une société d’aviation à Kharkiv. Et effectivement, d’après les experts, les technologies ukrainiennes trouveraient peu de débouchés en Europe.

L’UE se montre mesurée

L’UE d’ailleurs s’est montrée mesurée dimanche. Dans un communiqué, Catherine Ashton, la représentante de la diplomatie européenne, a certes demandé à la Russie de retirer ses troupes installées aux frontières, mais dans le même temps, elle a aussi invité les autorités ukrainiennes à «continuer à montrer de la retenue dans les opérations pour rétablir leur autorité».

L’Europe est dans une position délicate dans la mesure où 13 % du gaz qu’elle consomme provient de Russie et transite par l’Ukraine. Un peu plus tôt, la France s’était montrée plus incisive, promettant de nouvelles sanctions contre la Russie «en cas d’escalade militaire».