Visite de Laurent Fabius à Cuba: «Un déplacement économique stratégique»

DIPLOMATIE Après plus de trente ans d’absence d’un chef de la diplomatie française sur l’île communiste, Laurent Fabius est attendu ce 12 avril 2014 à la Havane…

Romain Lescurieux

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Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à l'Elysée le 9 avril 2014
Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à l'Elysée le 9 avril 2014 — Martin Bureau AFP

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, profite de sa visite au Mexique avec François Hollande pour faire, ce samedi, un crochet de 12 heures à Cuba. Une première depuis des années.

Car pendant 31 ans, Cuba n’a pas vu l’ombre d’un chef de la diplomatie française sur son sol. Le dernier, Claude Cheysson s’était rendu trois jours à la Havane — à l’occasion d’un voyage en Amérique Latine en juillet 1983 — car «la distance entre la France et Cuba créée dès 1959 devenait intolérable».

Des relations longtemps en berne

Une annonce pleine de bonnes volontés qui ne trouvera pourtant pas d’écho majeur. Par la suite les relations entre les deux pays se sont même tendues. «En 1996, l’Union européenne impose une Position commune à Cuba assortie de sanctions, à cause de la situation des droits de l’homme sur l’île», explique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Amérique Latine.

Il faudra attendre le 1er décembre 2010 pour une reprise de la coopération bilatérale avec la France. Et le 10 février 2014 pour que l’Union européenne approuve à l’unanimité l’ouverture d’un dialogue avec le gouvernement de Raul Castro. «Ce déplacement de Laurent Fabius qui a reçu son homologue cubain, Bruno Rodriguez Parilla, en mars dernier, entre pleinement dans cette dynamique de reprise», poursuit le spécialiste. Le ministre français doit d’ailleurs revoir M. Parilla lors de cette visite éclair axée sur l’économie.

«Cuba cherche de nouveaux partenaires»

«Le système économique cubain ne fonctionne pas. L’île a vécu sous perfusion de l’URSS, puis sous perfusion du Venezuela, désormais elle ouvre son économie et cherche de nouveaux partenaires», insiste Jean-Jacques Kourliandsky. La France entend profiter de cette ouverture: «Cuba va avoir de gros besoins les prochaines années. De plus, l’île représente certes un petit marché mais a une position stratégique importante en Amérique Latine», affirme le chercheur.

Lors son étape de douze heures, Laurent Fabius chef de la diplomatie et responsable désormais du Commerce extérieur, vient inaugurer à La Havane une antenne d’Ubifrance, la structure chargée de l’appui aux entreprises. Car une soixantaine d’entreprises françaises sont déjà actives à Cuba, dont Pernod Ricard, Accor, Bouygues ou encore Total. «Chaque année, nous évaluons les opportunités de marché pour les entreprises françaises dans un pays à l’étranger afin d’ouvrir une antenne pour les aider. Cette année, c’est Cuba», se félicite la communication d’Ubifrance.

La question des droits de l’homme?

Car désormais l’île inspire davantage la confiance. Du moins économique. «Cuba joue un rôle actif en Amérique latine. Elle préside cette année la CELAC (Communauté d’Etats latino américain et des caraïbes) et s’impose dans la région latino-américaine». Mais en janvier dernier en marge du sommet de la CELAC qui se tenait à la Havane, de nombreuses arrestations de dissidents et d’opposants politiques ont eu lieu… prouvant l’inflexibilité politique du régime castriste.

Le sujet des droits de l’homme ne sera «pas passé sous silence», ont promis des sources diplomatiques françaises. «Il y a une évolution dans la bonne direction», ont-elles précisé à Métro. Pourtant, depuis des années la situation stagne. Selon la Commission nationale des droits de l’homme et de la réconciliation nationale (CCDHRN), Fin 2013, l’opposition au régime castriste, recensait 87 prisonniers politiques. Selon Jean-Jacques Kourliandsky «la question des droits de l’homme sera évoquée mais n’aboutira à rien. Cuba s’ouvre économiquement et malgré de petites avancées le système politique reste bien bloquée».