L'affaire Natascha Kampusch va «au-delà du syndrome de Stockholm»

Recueilli par Armelle Le Goff

— 

La jeune Autrichienne Natascha Kampusch a affirmé qu'elle avait toujours pensé à la fuite durant ses huit ans de captivité et "rêvé de décapiter" son ravisseur, dans une interview publiée mercredi après-midi par l'hebdomadaire News.
La jeune Autrichienne Natascha Kampusch a affirmé qu'elle avait toujours pensé à la fuite durant ses huit ans de captivité et "rêvé de décapiter" son ravisseur, dans une interview publiée mercredi après-midi par l'hebdomadaire News. — AFP

 

Interview de Allan Hall, journaliste britannique basé à Berlin, auteur de «Natascha Kampusch, l’enquête» (aux Editions Michel Lafon, 18 euros)

 

L'affaire Natascha Kampusch, c'est d'abord l'échec patent des services de police autrichiens ?

C'est effectivement un immense scandale. La police n'a pas fait correctement son travail. Pire, au terme de cette enquête, je suis certain que si Natascha avait été issue d'un milieu aisé, les autorités se seraient sans doute montrées plus attentives.

Vous évoquez un contexte social difficile, mais aussi l'enfance compliquée de Natascha...

Natascha n'était pas heureuse. Elle souffrait d'énurésie, de désordres alimentaires, mais surtout elle était très seule. Son père, avec qui elle entretenait cependant une relation privilégiée, souffrait d'alcoolisme et elle vivait seule avec sa mère qui était souvent absente.

Lorsque Wolfang Prikopil l'enlève, elle découvre donc une forme de sécurité ?

Exactement. Cela n'enlève rien au caractère affreux de son expérience mais, avec Prikopil, elle découvre une sécurité et une attention qu'elle n'avait pas avec ses parents.

Entre Prikopil et Natascha, on est au-delà du syndrome de Stockholm ?

Bien au-delà. Il y avait indéniablement de l'affection entre eux. Sans doute même plus que cela.

Vous évoquez aussi des sorties, au ski ou au restaurant…

Oui. La révélation de ces sorties lui a d’ailleurs valu d’être la cible d’une véritable cabale de la part d’une partie de la population autrichienne qui n’a pas voulu comprendre ou plus simplement pas compris la nature des relations entre Natascha et Prikopil. Au moment de ces excursions, il est probable que Natascha et Prikopil aient été dans une phase quasi amoureuse. Selon des proches de Natascha, lorsqu’elle a atteint l’âge de 16 ans, Prikopil a commencé à lâcher du lest. Il espérait l’épouser, persuadé que la façon dont il s’est occupé d’elle commence à porter ses fruits : il pense alors qu’elle est tombée amoureuse de lui.

Prikopil lui aurait affirmé l'avoir choisie

 

C'est une des principales zones d'ombre de l'affaire. Prikopil faisait partie de l'entourage des parents de Natascha, notamment parce qu'il fréquentait le même pub. Il aurait ainsi été amené à choisir Natascha pour l'élever comme la future femme parfaite qu'il disait ne pas trouver.

Sauf qu’il a dû se rendre à l’évidence, Natascha n’était pas cette femme parfaite…

Oui. C’est sans doute pour cette raison, qu’après des années de captivité, il laisse Natascha s’échapper sans tenter de la rattraper. Il sait que leur histoire est terminée.

Natascha n’a pas voulu vous rencontrer…

Non, elle ne l’a pas souhaité. Je pense qu’elle est trop préoccupée par le fait de livrer une image d’elle conforme à ce qu’elle souhaite livrer, c’est-à-dire une victime lisse, sans zones d’ombre. De notre côté, nous avons souhaité enquêter sur une affaire extraordinaire par bien des aspects et dont certains des éléments restent pour le moins étranges. Forcément, cela ne colle pas.