Venezuela: Où en est le conflit qui oppose Maduro à l'opposition?

CRISE Le dialogue pourrait enfin s'ouvrir après plus de deux mois de mobilisations...

B. de V. avec AFP

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Le président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas le 8 avril 2014
Le président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas le 8 avril 2014 —

Souvent annoncé, jamais entamé, le dialogue tant attendu entre gouvernement et opposition au Venezuela devrait être sur le point de se concrétiser ce jeudi. «Un des facteurs qui a incité [le gouvernement] à entamer un dialogue à tout prix» est «probablement la pression internationale» due à «la mauvaise image croissante [des autorités] générée par la répression des manifestations», estime le politologue John Magdaleno. 20 Minutes fait le point sur un conflit entamé il y a deux mois.

Les raisons d’une colère qui dure depuis plus de deux mois. Elu en avril 2013 avec seulement un peu plus de 50% des voix, dans la foulée du décès de son mentor, le charismatique Hugo Chavez dont il n’est jamais parvenu depuis à endosser l’habit, Nicolas Maduro fait face depuis début février à des manifestations parfois violentes lancées par des étudiants et relayées par l’opposition concernant la très mauvaise situation économique ainsi que l’insécurité et la répression policière. Toutefois, «il faut savoir que l’opposition officielle emmenée par Henrique Caprilas Radonski -le finaliste malheureux de la dernière présidentielle face à Maduro- a critiqué les oppositions de rue», précise Frédéric Lévêque, spécialiste de l'Amérique latine, responsable de la publication de la CNCD, interrogé par 20 Minutes.

Les victimes de la crise. Les violences en marge des mobilisations ont fait officiellement 39 morts, la majorité par armes à feu, plus de 600 blessés et quasiment une centaine d’enquêtes ont été ouvertes contre des membres des forces de l’ordre soupçonnés d’atteintes au droit de l’homme. 

Pourquoi le dialogue semble se mettre en place? Si «la pression internationale» ne fait aucun doute pour expliquer le changement d’attitude de Maduro, d’éventuelles «pressions internes au chavisme ne sont pas à écarter, mais il est difficile d’avoir une lecture claire», selon John Magdaleno. Promis depuis des semaines, ce «dialogue» n’a jusqu’alors jamais pris forme, l’opposition refusant notamment de participer à «une farce» et «un monologue», Nicolas Maduro ne cessant de son côté d’invectiver ses opposants, qualifiés de «fascistes» et de «putschistes». Les deux parties ont finalement accepté de se rencontrer grâce aux efforts de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) comprenant plusieurs alliés très proches du Venezuela chaviste, comme l’Equateur ou la Bolivie. Mercredi soir, le ministre brésilien des Affaires étrangères Luiz Alberto Figueiredo s’est d’ailleurs félicité que «l’action discrète» de son pays auprès de Caracas ait «porté ses fruits» et que les deux parties aient demandé la présence d’un facilitateur brésilien au dialogue.

Un dialogue en surface seulement? Dans la foulée, Nicolas Maduro a affirmé que ce «dialogue de paix» commencerait ce jeudi au palais présidentiel de Miraflores, mais prévenu qu’il n’y aurait aucune «négociation» autour du modèle socialiste vénézuélien. Rencontre symbolique sans précédent sous ce mandat, l’issue de ce «dialogue» laisse toutefois «sceptique» cet expert pour qui tout dépendra de l’agenda des discussions, sur lequel les parties peinent encore à s’accorder. «Je ne crois pas à une issue positive pour ce dialogue, estime Frédéric Lévêque. Un jour c’est calme, le jour d’après les invectives reprennent.»

L’opposition s’ouvre au dialogue. Si le président a mis de l’eau dans son vin en accédant à des exigences de la partie adverse (désignation d’un observateur neutre, publicité des débats, etc.), l’opposition, qui refusait il y a encore quelques jours d’y participer, a elle-même assoupli ses positions. Elle ne pose plus par exemple comme préalable aux discussions la libération des personnes arrêtées durant ces deux mois de protestations, dont trois opposants politiques -deux maires et le dirigeant radical du parti Volonté Populaire (droite), Leopoldo Lopez-, accusés notamment d’attiser les violences. Pour l’analyste John Magdaleno, «l’opposition modérée s’est finalement résolue à dialoguer dans l’espoir de faire entrer dans le débat public quelques thèmes» qui lui sont chers. «La polarisation entre chavistes et diverses oppositions au Venezuela est trop profonde pour une entente, rappelle Frédéric Lévêque. Ces divisions opposent même des familles ou des amitiés. Ce sera un long processus qu’une simple rencontre ne règlera pas.»