Etats-Unis: L’extension des aides pour les chômeurs longue durée «leur évite de basculer dans la grande pauvreté»

Propos recueillis par Manuel Pavard

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Le président américain Barack Obama militait pour l'adoption de cette loi qu'il considère "comme un élément vital de l'économie".
Le président américain Barack Obama militait pour l'adoption de cette loi qu'il considère "comme un élément vital de l'économie". — Topphotos/Unimediaimages/SIPA

Le Sénat américain a approuvé, lundi soir, le rétablissement des indemnités de 2,8 millions de chômeurs longue durée, dont les allocations chômage avaient été coupées à la fin 2013. Cette loi devrait leur permettre le versement rétroactif d’environ 300 dollars hebdomadaires et maintenir leurs droits jusqu’au 1er juin. Soutenue par Barack Obama, elle doit maintenant surmonter l’hostilité des républicains à la Chambre des représentants. Pour l’économiste Christine Rifflart, spécialiste des Etats-Unis à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), l’intérêt de ce programme est avant tout social.

Dans quel contexte économique et social a été voté ce texte?

On est encore en situation de crise. Ici, on a l’impression que la croissance américaine est plus forte mais c’est difficile de comparer à la France car la démographie augmente plus rapidement aux Etats-Unis et on y trouve des déséquilibres très profonds. Leur taux de chômage de 6,6% fait rêver chez nous mais c’est un pays où les filets de sécurité ne sont pas les mêmes, avec des allocations chômages qui ne durent que six mois. Passé ce délai, il n’y a plus d’aides, seulement des bons alimentaires ou des programmes sociaux pour les populations très pauvres. Le marché du travail est dans une situation très difficile: le chômage longue durée augmente et il y a de plus en plus de chômeurs découragés qui sortent des statistiques car ils ne cherchent plus de travail.

Quel est le principal intérêt de ces mesures?

Certes, ces aides permettent de soutenir la consommation – cet argent sera en effet consommé et non épargné – mais elles évitent surtout à près de 3 millions de chômeurs de basculer dans la grande pauvreté. Ce ne sont pas des mesures susceptibles de relancer l’économie américaine, elles s’imposent d’abord d’un point de vue social. C’est un filet de sécurité pour faire face au chômage de longue durée, garder le lien et lutter contre la déqualification. Quand une personne est sans emploi pendant plus de trois ou quatre ans, elle s’exclut définitivement du marché du travail.

Peuvent-elles permettre de redynamiser l’économie américaine?

Non, ce n’est pas une prolongation de cinq mois qui va changer quelque chose. Lors des crises précédentes, des mesures d’extension des allocations ont déjà été prises: elles s’arrêtaient quand le chômage baissait suffisamment pour que la conjoncture prenne le relais. Mais là, vu les contraintes budgétaires, les mesures d’extension sont stoppées bien plus tôt. Je le répète, cinq mois, ce n’est pas grand-chose. Actuellement, la reprise est relativement faible et le marché du travail est extrêmement lâche. Il n’y a pas assez de créations d’emplois pour absorber la nouvelle population active qui augmente par la démographie. Ce n’est pas suffisant pour compenser les pertes d’emplois.