Elizabeth II reçoit le président irlandais, une première en près d'un siècle

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La reine Elizabeth II accueille le président irlandais Michael D. Higgins en visite d'Etat historique de quatre jours au Royaume-Uni, le 8 avril 2014 au château de Windsor, à l'ouest de Londres
La reine Elizabeth II accueille le président irlandais Michael D. Higgins en visite d'Etat historique de quatre jours au Royaume-Uni, le 8 avril 2014 au château de Windsor, à l'ouest de Londres — Justin Tallis Pool

La reine Elizabeth II a accueilli mardi le président irlandais Michael D. Higgins en visite d'Etat historique de quatre jours au Royaume-Uni, un événement sans précédent près d'un siècle après l'indépendance, qui consacre la normalisation entre les deux Etats voisins.

Au premier jour de sa visite, le président irlandais devait s'adresser aux deux chambres du Parlement de Westminster et dîner au château de Windsor, moment fort de son séjour, en présence notamment de l'ancien responsable de l'Armée Républicaine Irlandaise (IRA), Martin McGuinness.

L'invitation lancée par la reine à ce catholique âgé de 63 ans, qui a combattu la domination britannique pendant les 30 ans de «troubles» en Irlande du Nord, est hautement symbolique.

Ancien négociateur du processus de paix dans cette province, dont il est aujourd'hui le vice-Premier ministre, Martin McGuinness avait déjà rencontré Elizabeth II une première fois lors de son déplacement sans précédent à Belfast en juin 2012. La souveraine lui avait alors serré la main, scellant une réconciliation spectaculaire.

Le président Michael D. Higgins, 72 ans, poète et ancien ministre de la Culture, s'est déjà rendu à plusieurs reprises en Grande-Bretagne depuis qu'il est entré en fonction en novembre 2011. Une visite d'Etat constitue cependant une occasion exceptionnelle pour laquelle Londres déploie pompe et cérémonie.

«Bien que la participation de Martin McGuinness à la visite d'Etat du président Higgins puisse ne pas être bien accueillie par les opposants au changement, il s'agit d'un nouvel exemple de l'engagement du Sinn Fein en faveur d'un avenir fondé sur la tolérance et l’égalité», a déclaré samedi dans un communiqué le président du Sinn Fein Gerry Adams, principal parti de la communauté catholique.

Le Sinn Fein, aile politique de la défunte IRA, appartient au gouvernement biconfessionnel en place à Belfast, même si son but ultime reste officiellement la réintégration de l'Ulster à la république d'Irlande.

«Un processus de réconciliation est vital, et la participation de Martin McGuinness au banquet à Windsor fait partie des étapes importantes», a déclaré mardi sur la BBC, Conor Murphy, député du Sinn Fein aussi du voyage. «Il y a encore des problèmes à résoudre mais nous marchons vers la réconciliation et l'établissement de meilleures relations», a-t-il ajouté.

L'Irlande du Nord a connu trente ans de conflit entre séparatistes catholiques et loyalistes protestants, au cours desquelles quelque 3.500 personnes ont été tuées.

Dans le camp protestant, des voix s'élèvent également contre «l'oubli». La présence de Martin McGuinness est «le dernier coup de grâce apporté aux victimes innocentes du terrorisme», a déclaré sur la BBC mardi, Stephen Gault, dont le père a été tué lors de l'attentat à la bombe de l'IRA en 1987 à Enniskillen, qui a fait 11 morts dans l'ouest de l'Irlande du nord. «Si les membres de Sinn Fein veulent la paix pourquoi ne viennent-ils pas dire aux autorités qui sont les responsables de ces odieux crimes du passé?», s'est-il exclamé.

Seize ans après l'accord de paix, les auteurs des crimes n'ont pas tous été condamnés. Aujourd'hui encore, un débat oppose ceux qui veulent «tourner la page» en accordant l'immunité aux responsables de ces attentats et des familles des victimes qui réclament que justice soit faite.

En février un tribunal londonien avait ravivé la polémique en accordant l'immunité au suspect n°1 d'un attentat à Hyde park, au coeur de Londres en 1982.

Commercialement, il est aussi important pour l'Irlande d'entretenir de bonnes relations avec la Grande-Bretagne. Elle est le premier partenaire commercial de l'Irlande et représente 34% de ses importations, selon des chiffres de 2012 du gouvernement britannique. Pour la Grande-Bretagne, l'Irlande est son cinquième marché à l'export.