Séisme au Chili: «Il est encore un peu tôt pour le "Big One", le phénomène se répète tous les 300 ans»

Propos recueillis par Manuel Pavard

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Infographie du nord du Chili, frappé par un séisme de magnitude 8,2 le mardi 1er avril.
Infographie du nord du Chili, frappé par un séisme de magnitude 8,2 le mardi 1er avril. — IDE

La terre a tremblé à deux reprises au Chili, frappé mardi 1er avril par un séisme de magnitude 8,2 puis, le lendemain, par une réplique de magnitude 7,6. Le nord du pays craint désormais la survenue du «Big One», cette très grande secousse prédite par les experts à une date plus ou moins proche. Celle-ci est inéluctable mais pas imminente, estime le sismologue chilien Raul Madariaga, professeur à l’Ecole normale supérieure de Paris.

Qu’entend-on par «Big One» au Chili?

Dans le nord du Chili, on a identifié, il y a 30 ans, une zone dans laquelle a eu lieu un violent tremblement de terre, en 1877. Depuis, il n’y a pas eu d’activité et certains ont dit qu’il allait s’y produire un méga-séisme de magnitude 9 – ou «Big One» - dans les années qui viennent.  Beaucoup pensaient ça, du coup cette zone, appelée «Lacune du  nord» au Chili, a été très bien équipée: on y a installé plein d’équipements. Mais comme souvent, quand on attend un «Big One», d’autres séismes plus petits se produisent.

Quand le «Big One» risque-t-il de se produire?

Selon moi, les méga-séismes se répètent tous les 300 ans. Il est donc encore un peu tôt et je penche pour le siècle prochain. Les séismes de magnitude 8 sont fréquents au Chili: tous les 10 ans en moyenne. Mais la semaine dernière, il n’y a pas eu de tsunami alors qu’un méga-séisme entraîne forcément un tsunami et une montée des eaux d’au moins 2 m. Cette fois, l'élévation de l'eau a été d'1,50 m, juste en-dessous de la limite pour un tsunami - qui se produit généralement à partir d'une magnitude de 8,4. Il y a différents points de vue: certains disent que des tremblements de terre comme ceux de la semaine dernière retardent le «Big One», d’autres qu’ils l’accélèrent. C’est compliqué car on n’a pas d’informations supplémentaires sur une échelle de 300 ans. Les sismomètres n’existent que depuis 1890 et le reste est déduit à partir de méthodes géologiques ou de l’histoire. Pour ma part, je pense qu’après ce regain d’activité, ça va se calmer puis il y aura d’autres secousses de magnitude 8 dans 20, 30, 40 ans… Un séisme de magnitude 9 nécessite beaucoup d’énergie quant à la préparation de la zone de rupture.

Peut-on prévoir et anticiper les conséquences de ce type de séisme?

C’est impossible à prévoir. Là, on a eu des événements précurseurs les 17 et 23 mars. En les regardant, on se disait que ça pouvait peut-être déclencher un séisme de magnitude 8 mais on n’avait pas moyen de le savoir précisément. E n plus, l’épicentre était situé à 80 km de la côte, au large de la ville d’Iquique. En revanche, par rapport au dernier gros tremblement de terre survenu au Chili, en 2010 (700 morts), le changement est total. Il n’y avait aucune préparation ni informations reçues par la présidence, qui ne savait même pas où était le séisme, et les communications avaient été coupées. Cette fois, tout a marché. Depuis 2010, un service de sismologie a été créé, permettant de localiser les séismes en temps réel, des exercices sont effectués, notamment dans les écoles, et des sirènes ont été installées. Tout ceci explique qu’il n’y ait eu «que» six morts, mardi dernier.

>> Cliquer ici pour voir le diaporama sur les séismes des 1er et 2 avril, dans le nord du Chili