Nouveaux enlèvements d'Occidentaux dans le nord du Cameroun

© 2014 AFP

— 

Un Christ devant une église catholique de Maroua, dans le Cameroun, en 2013
Un Christ devant une église catholique de Maroua, dans le Cameroun, en 2013 — Reinnier Kaze AFP

Deux prêtres italiens et une religieuse canadienne ont été enlevés dans la nuit de vendredi à samedi dans le nord du Cameroun, où un prêtre et une famille français avaient été kidnappés en 2013 par le groupe islamiste armé nigérian Boko Haram.

Selon le père Henri Djonyang, vicaire général du diocèse camerounais de Maroua-Mokolo, joint par l'AFP, les religieux ont été enlevés par des hommes armés dans leur paroisse de Tchéré, à environ 20 km de Maroua (800 km au nord de Yaoundé), capitale de la région de l'Extrême-nord voisine du Nigeria.

«C'est mauvais. Deux prêtres italiens et une soeur canadienne, Gilberte Bussier, de Tchéré ont été enlevés cette nuit autour de 23H45» (22H45 GMT), a ajouté le vicaire, qui a autorité sur la paroisse de Tchéré. La religieuse, âgée de 80 ans, vit au Cameroun depuis 30 ans.

Selon le ministère italien des Affaires étrangères, les deux prêtres, Giampaolo Marta, 47 ans, et Gianantonio Allegri, 57 ans, sont originaires de Vicence, dans le nord de l'Italie. Le premier est au Cameroun depuis 2004. Le second était revenu dans le pays en septembre, après y avoir vécu une dizaine d'années avant 2002.

Les enlèvements n'avaient pas été revendiqués samedi, mais le père Djonyang a mis en cause Boko Haram, actif dans la zone frontalière entre le Cameroun et le Nigeria: «ce sont eux qui l'ont fait».

Sous couvert d'anonymat, un responsable de la police camerounaise arrivait à la même conclusion.

«Nous suspectons qu'ils sont encore sur le territoire camerounais. Dès que la nouvelle a été connue, toutes les forces de sécurité se sont mobilisées pour envahir la zone de l'enlèvement (...) Il semble qu'ils n'aient pas eu le temps de quitter le Cameroun (...) Nous savions que les islamistes de Boko Haram planifiaient de nouveaux enlèvements», a indiqué à l'AFP ce policier.

Boko Haram avait déjà revendiqué les enlèvements en 2013 dans cette même région du prêtre français Georges Vandenbeusch et de la famille Moulin-Fournier, qui avaient ensuite été relâchés.

«Le mode opératoire des ravisseurs ressemblait à celui de Nguetchewe», où avait été enlevé le prêtre, a relevé le vicaire: «ils ont tout saccagé et sont partis».

Interrogé par l'AFP, le père Vandenbeusch, qui «a bien connu» les trois religieux enlevés, a indiqué avoir été «conscient que ça pouvait se renouveler».

Selon lui, ils «n'étaient visiblement pas gardés». Les ravisseurs auraient visé les Occidentaux, a-t-il ajouté, puisque deux soeurs camerounaises de la localité auraient été laissées «tranquilles» lors de l'enlèvement.

- Zone dangereuse -

A la suite de ces enlèvements, Paris avait demandé à ses ressortissants établis dans la région - jusqu'alors une des principales destinations touristiques du Cameroun avec ses réserves animales et ses paysages spectaculaires - de la quitter en raison du risque élevé de kidnapping.

Boko Haram, classé organisation terroriste par les États-Unis, mène des attaques sanglantes contre les forces de sécurité et les civils depuis 2009 dans le nord du Nigeria. L'armée nigériane a lancé en mai 2013 une vaste offensive, toujours en cours, pour tenter d'écraser l'insurrection.

Des accrochages armés entre des membres de Boko Haram et les forces de sécurité camerounaises sont régulièrement signalés dans la région, où des islamistes armés, acculés par l'armée nigériane, tentent régulièrement de se replier.

Depuis quelques mois, des membres présumés de Boko Haram commettent également des exactions contre la population camerounaise.

Ainsi, fin février, des militants présumés de Boko Haram ont enlevé un chef traditionnel camerounais du village de Goumouldi, près de la frontière, a déclaré à l'AFP une source policière camerounaise.

Ils l'ont ensuite égorgé en territoire nigérian, selon ce policier. Peu avant d'être décapitée, la victime avait communiqué à la gendarmerie locale le nom de trois membres de Boko Haram impliqués selon lui dans le meurtre de son fils aîné, avait ajouté le policier.

- Des récits d'atrocités -

Des récits d'atrocités similaires abondent dans la zone frontalière.

Face à cette menace, le Cameroun a renforcé son dispositif militaire et policier.

«Dans la région de l'Extrême-nord, l'effectif des forces de l'ordre et de défense a presque doublé. Il y a de nouveaux bataillons (de l'armée) qui ont été créés», a assuré à l'AFP le gouverneur de la région, Awa Fonka Augustine sans dévoiler les effectifs engagés.

L'objectif «est d'assurer la sécurité de notre territoire et d'empêcher que les gens (de Boko Haram) qui fuient les combats intenses au Nigeria n'entrent sur notre territoire», a-t-il dit.