Présidentielle en Afghanistan : «Je veux que mon vote soit une claque au visage des talibans»

MONDE De Kaboul à Kandahar, les Afghans sont appelés aux urnes ce samedi ...

M.B. avec AFP

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Vérification de l'identité d'un électeur, dans un bureau de vote de Kaboul le 5 avril 2014
Vérification de l'identité d'un électeur, dans un bureau de vote de Kaboul le 5 avril 2014 —

Une élection pour défier la menace talibane. De Kaboul à Kandahar, les Afghans sont conviés samedi dans les bureaux de vote pour choisir le successeur du président Hamid Karzaï.

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Cette toute première passation de pouvoir d'un président afghan démocratiquement élu à un autre est considérée comme un test majeur pour la stabilité du pays, alors que le retrait des forces occidentales de l'Otan fait craindre qu'il ne retombe dans le chaos.

Le premier tour de cette présidentielle a débuté à 07H00  dans les quelque 6.000 bureaux de vote du pays, notamment à Kaboul où les premiers électeurs ont bravé la pluie dès l'aube.

«Apporter une paix durable»

Des électeurs afghans font la queue pour voter à Hérat, le 5 avril 2014 - Aref Karimi AFP

 

«Je suis venue voter pour quelqu'un qui peut apporter une paix durable au pays. Je veux que mon vote soit une claque au visage des talibans», a déclaré Laila Neyazi, une femme au foyer de 48 ans couverte d'une burqa. «Je n'ai pas peur des talibans, et je mourrai bien un jour de toute façon», a-t-elle ajouté, philosophe.

Si deux personnes ont été blessées par une bombe artisanale dans un bureau de vote du Logar (centre), selon les autorités locales, aucun incident majeur n'était signalé à la mi journée autour de ce scrutin que les rebelles talibans avaient pourtant juré de «perturber» par tous les moyens.

Lors de la précédente présidentielle en 2009, les insurgés avaient mené plusieurs attaques matinales qui avaient contribué à une faible participation (environ 30%). Samedi matin à Kaboul, des centaines de personnes faisaient la queue devant les bureaux de vote, qui doivent fermer leurs portes vers 16H00.

«Notre pays traverse une période difficile depuis 30 ans, donc nous sommes ici pour élire quelqu'un qui pourra être honnête et servir notre pays», a dit Mohammad Yousuf Mohsinizada en votant dans la capitale.

«Jour de fierté»

Le chef de l’État Hamid Karzaï a déposé son bulletin dans une école proche du palais présidentiel. Il a appelé les Afghans à se rendre en masse aux urnes «malgré la pluie, le froid et les menaces ennemies».

Huit candidats sont en lice pour succéder au seul homme à avoir dirigé ce pays pauvre et enclavé de quelque 28 millions d'habitants depuis la chute des talibans en 2001 et à qui la Constitution interdit de briguer un troisième mandat.

Trois de ses anciens ministres se sont clairement imposés comme favoris: Zalmai Rassoul, considéré comme le candidat du président sortant, Ashraf Ghani, un économiste réputé, et Abdullah Abdullah, opposant arrivé en seconde position en 2009 lors de la précédente présidentielle. Tous ont voté dans la matinée à Kaboul.

«C'est un jour de fierté pour tous les Afghans», a déclaré Ashraf Ghani, 64 ans. «La participation massive des Afghans envoie un message clair que leur détermination à bâtir un avenir meilleur ne sera pas affectée par les menaces».

Les résultats préliminaires de ce premier tour seront connus le 24 avril, avant un possible deuxième tour le 28 mai.

Kaboul sévèrement quadrillée

Face aux menaces des talibans, des centaines de milliers de policiers et soldats afghans ont été mobilisés à travers le pays, notamment à Kaboul, sévèrement quadrillée samedi.

Les rebelles, artisans d'une violente guérilla depuis leur éviction du pouvoir en 2001 par une coalition militaire dirigée par les Américains, ont mené une série d'attaques sanglantes au cours de la campagne électorale, sans parvenir à la faire dérailler.

Outre l'insécurité, une autres menace pèse sur ce scrutin: la fraude, massive en 2009. «Il est difficile d'imaginer une élection sans fraude», estimait dans un récent rapport Martine Van Bijlert, une experte du Réseau des analystes sur l'Afghanistan, basé à Kaboul, même si les autorités électorale afghanes ont assuré que plus de 300.000 observateurs afghans (indépendants et représentants des candidats) devaient surveiller le vote.

 

 
Installation des urnes et du matériel de vote dans un bureau de vote situé dans la mosquée Jamee à Herat dans le nord de l'Afghanistan, le 4 avril 2014, avant l'élection présidentielle de samedi - Aref Karimi AFP

 

«La seule chose qui pourrait nous décevoir, c'est la fraude. Nous ne voulons pas d'une réédition de la dernière élection», a déclaré un électeur de Kaboul, Khodadad, commerçant de 52 ans.