Djihadistes français en Syrie: «La possibilité d’attentat en France n’a jamais été aussi grande»

INTERVIEW Après la diffusion d’images de jeunes hommes francophones partis faire le djihad en Syrie...

Bérénice Dubuc
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Des jihadistes francophones en Syrie, qui se sont filmés avec leurs propres téléphones portables à la mi-février.
Des jihadistes francophones en Syrie, qui se sont filmés avec leurs propres téléphones portables à la mi-février. — Capture BFMTV

Une vidéo qui fait froid dans le dos, et qui attise les craintes d’attentat terroriste en France. Ce jeudi, BFM TV a diffusé des images de jeunes hommes francophones partis faire le djihad en Syrie, filmées avec leurs propres téléphones portables. Pour David Thomson, journaliste à RFI et auteur des Français djihadistes (éditions des Arènes), la menace de voir ces combattants perpétrer à leur retour des attentats sur le sol français est très forte.

Les djihadistes filmés par BFM TV sont-ils français?

Les djihadistes qui se sont filmés, et qui ont publié ces vidéos sur les réseaux sociaux, sont belges. Mais ils appartiennent à une brigade de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), où combattent aussi plusieurs Français. Et ces derniers expriment tous la volonté de revenir en France pour y perpétrer des attaques contre des cibles institutionnelles et/ou des civils.

Tous les djihadistes français en Syrie sont donc une menace terroriste potentielle?

Tous ne sont pas animés de ces intentions. Les djihadistes Français de Jabhat al-Nosra que j’ai pu interroger, eux, n’ont pas l’intention, pour le moment, de perpétrer des attentats en France. Ils se consacrent pour l’heure entièrement à la chute de Bachar al-Assad. Cependant, selon moi, la possibilité d’attentat en France n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui, pour la simple raison qu’il n’y a jamais eu autant de djihadistes avec des passeports français qui se revendiquent de l’idéologie d’Al-Qaida.

Y a-t-il eu des consignes à ce sujet de la part de l’Etat islamique en Irak et au Levant?

Aujourd’hui, les instances dirigeantes de l’EIIL n’ont pas donné d’ordre en ce sens. Leur objectif reste la construction d’un Etat transnational entre la Syrie et l’Irak. Mais, selon mes informations, le groupe est préparé pour mener des attaques en France et en Europe en cas de besoin, c’est-à-dire si des actes de la part des autorités françaises suscitent leur réprobation.

Mais cela ne veut pas dire que des «loups solitaires» ne perpétreront pas d’attentat en France…

Bien au contraire. On est même déjà dans cette phase-là, comme l’a montré l’annonce mercredi de l’arrestation d’un jeune à Mandelieu. Selon mes sources, il a combattu dans les rangs de l’EIIL et était rentré en essayant de masquer son retour, en passant par la Grèce et l’Italie. Et ce qui a été retrouvé dans l’appartement de Mandelieu prouve que certains de ces jeunes sont déjà dans la préparation d’attaques en France. Ils sont animés des mêmes intentions que Mohamed Merah, et quand ils passeront à l’attaque, ils le feront de la même façon, sur le modèle du djihad individuel.

La DCRI l’a pourtant interpelé avant une telle action. C’est un signe positif, non?

L’épisode de Mandelieu montre au contraire que la DCRI est dépassée par les événements. Comment trois jeunes, dont les noms ressortaient dans l’affaire de la cellule dite de Cannes-Torcy, ont pu en toute tranquillité quitter le territoire national pour rejoindre Al-Qaida en Syrie? Selon les chiffres officiels, 700 Français se trouvent en Syrie aujourd’hui. Or, tous les djihadistes que j’ai interrogés m’ont indiqué être partis avec l’assentiment des autorités françaises.

La DCRI fait un calcul simple: ces djihadistes quittent le territoire, et ils vont combattre Bachar al-Assad, que la France veut voir tomber. De plus, à leur retour, leur dossier judiciaire est assez fourni pour pouvoir les arrêter. Aujourd’hui, les jeunes Français continuent de partir et d’arriver en Syrie. Je pense que c’est le début d’une longue série au minimum de tentatives d’actes violents sur le territoire français.