Vol MH370: «La Malaisie a tout intérêt à reconnaître le plus tard possible qu’il s’agit d’un détournement»

CRASH Notre expert a répondu à vos questions...

Propos recueillis par Céline Boff
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Contrôle radar à bord d'un avion américain survolant l'océan Indien à la recherche de débris du vol MH370, le 24 mars 2014
Contrôle radar à bord d'un avion américain survolant l'océan Indien à la recherche de débris du vol MH370, le 24 mars 2014 — Eric A. Pastor US Navy

Mardi, vous nous avez adressé des dizaines de questions concernant le mystérieux crash du vol MH370. 20 Minutes en a sélectionnées une quinzaine et les a fait suivre à Christophe Naudin, pilote, criminologue et spécialiste du terrorisme aérien. Voici ses réponses.

Est-on sûr que les débris repérés dans l’océan Indien sont bien ceux du vol MH370?

Oui, à 99%. A cet endroit, il n’existe aucune fréquentation maritime ou aérienne, l’océan est donc très propre. De plus, les débris sont concentrés dans un cercle de 120km de rayon et les images satellitaires montrent qu’il s’agit de pièces d’avion.

Quels sont les faits précis qui ont permis au Premier ministre malaisien d’être formel sur le sort de cet avion?

Les experts ont suivi jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent les signaux autonomes émis par l’avion, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent être contrôlés, comme les signaux des moteurs. Grâce à la triangulation de ces données, nous savons que l’avion a emprunté le fameux couloir sud et qu’il s’est crashé dans une zone située à quelque 2.500km au sud-ouest de Perth, ville située sur la côte occidentale australienne.

Comment expliquer que l’avion soit à cet endroit précis de l’océan Indien?

Mon hypothèse, c’est que le vol MH370 a été détourné et que les choses ont mal tourné. Je pense qu’à partir d’un certain moment, les personnes capables de contrôler l’avion ont été neutralisées et que l’appareil a continué de voler de façon automatique en étant déconnecté de son programme de vol.

Pourquoi seule la compagnie Inmarsat [qui exploite onze satellites, ndlr] est-elle impliquée? Personne d’autre n’a de radars dans la région?

La portée des radars est de 500 à 600km et l’avion s’est crashé à 2.500km de la terre la plus proche. Autrement dit, il n’y a à cet endroit aucune couverture radar, seulement satellitaire. Et je rappelle que l’ACARS de l’avion a été coupé, sa position ne pouvait donc être suivie.

Pourquoi ni l’Indonésie, ni la base de Diego Garcia n’ont-elles détecté MH370?

La base américaine de Diego Garcia est située à plus de 6.000km du lieu de l’événement, c’est donc tout à fait normal. Mais votre question est excellente concernant l’Indonésie… Plusieurs radars sont installés dans la sphère de Jakarta et certains d’entre eux auraient dû détecter l’avion… Pour l’instant, le gouvernement indonésien joue la montre, mais j’espère que les enregistrements des radars ont bien été conservés et que nous aurons des explications.

Pourquoi les constructeurs autorisent-ils le débranchement des transpondeurs, ACARS et autres systèmes de suivi ou de communications?

Pour permettre aux pilotes d’isoler chaque circuit électrique en cas d’incendie.

Est-il possible d’altérer les données des boîtes noires, surtout si le vol a fait escale?

Non, c’est tout à fait impossible.

Allons-nous retrouver les boîtes noires?

Je le souhaite vraiment, mais je ne pense pas. Dans le cas du vol Rio-Paris, la dernière position de l’avion était assez précise et les recherches se sont concentrées dans une zone de 2.500 km2. Là, on parle d’une zone de 160.000 km2… En gros, c’est comme si vous recherchiez deux boîtes dans un espace compris entre Paris, Nantes, Bordeaux et Limoges… Avec les Alpes en dessous.

Pourquoi le gouvernement malaisien aurait-il un intérêt à cacher un détournement de l’avion, ou même un suicide du pilote?

Il a tout intérêt à reconnaître le plus tard possible qu’il s’agit d’un détournement, parce que cet événement remet en cause les mesures de sûreté mises en place dans son pays. Sans compter qu’un nouveau détournement implique l’instauration de nouvelles mesures drastiques et cela va coûter des milliards de dollars.

Est-ce que certaines matières transportées dans l’avion ont pu constituer un danger pour l’environnement, ce qui expliquerait un mensonge de la part du gouvernement?

L’avion a pu transporter des matières dangereuses, je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit, le gouvernement malaisien n’aurait pas peur d’éventuelles conséquences pour l’environnement. Ce qui l’inquiète, c’est la remise en cause de sa gestion de la sûreté.

Que dire des secousses sismiques enregistrées alors que le vol venait de disparaître et de l’explosion qu’a vue le Néo-Zélandais?

Aucune idée, mais je ne vois pas le rapport entre la géophysique et l’aviation.

Pourquoi personne dans l’avion n’a-t-il essayé d’appeler ou d’envoyer un SMS?

Parce que, peu importe le pays survolé, il est impossible de le faire au-dessus de 10.000 pieds.

Pourquoi certains téléphones de passagers sonnaient encore alors que l’avion était censé être au fond de l’océan Indien?

Sans doute en raison de la programmation faite par les opérateurs, mais je ne sais pas, je ne suis pas téléphoniste.

Quand un avion tombe, combien de temps dure la chute et à quel moment l’avion explose-t-il?

Tout dépend du niveau auquel se trouve l’avion, mais cette durée varie de 4 à 10 minutes. Dans le cas présent, il n’y a pas eu d’explosion. L’avion a atteint à un moment une telle vitesse que des pièces ont commencé à s’arracher. Ce sont ces débris que l’on a repérés dans l’océan Indien. Si l’avion avait explosé en vol ou s’il était tombé lentement, des valises ou des chaussures flotteraient à la surface.