Visite de Xi Jinping en France: «La règle du jeu, c’est de ne pas parler des droits humains»

DÉCRYPTAGE Comme lors de chaque visite d’Etat du président chinois, en France comme dans n’importe quel autre pays, la question des droits de l’homme ne risque pas d’être abordée cette semaine à Paris...

Bérénice Dubuc

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Le président français, François Hollande, et son homologue chinois, Xi Jinping, à Pékin, le 25 avril 2013.
Le président français, François Hollande, et son homologue chinois, Xi Jinping, à Pékin, le 25 avril 2013. — AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS

Toutes les questions en souffrance ne seront pas abordées lors de la visite d’État de trois jours du président chinois, Xi Jinping, en France. Cette visite s’inscrit dans le cadre des célébrations du cinquantenaire des relations diplomatiques franco-chinoises, et sera marquée par une forte connotation économique, puisque mercredi doit notamment voir la signature du partenariat stratégique validant l’entrée de Dongfeng et de l’État français au capital de PSA.

Cependant, si des discussions concernant les dossiers diplomatiques -Iran, Syrie, Corée du Nord, Afrique et surtout l’Ukraine- sont prévues, la question des droits de l’homme ne devrait pas être au menu de la rencontre entre Xi Jinping et François Hollande à l’Elysée. «Depuis Jacques Chirac, et comme tous les autres pays, la France respecte cette règle du jeu: on ne parle pas des droits humains», rappelle Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris) et spécialiste de la Chine.

«Préserver les relations diplomatiques et économiques»

«C’est un dossier qui se négocie avant chaque réunion avec les Chinois. Et la phrase éventuellement prononcée sur le sujet par l’hôte de Xi Jinping, est millimétrée, calculée, et validée par les Chinois. Ce que les Occidentaux acceptent à chaque fois pour préserver les relations diplomatiques et économiques.» Pourtant les droits de l’homme, et plus particulièrement l’abolition de la peine de mort, sont des sujets chers au président français.

Comme le rappelle Anne Denis, responsable de la commission abolition peine de mort d’Amnesty International France, François Hollande a à de nombreuses reprises affirmé que la France bataillerait pour obtenir l’abolition universelle de la peine capitale. «Amnesty International France espère que François Hollande interpellera Xi Jinping sur ce sujet, et a publié un mémorandum à destination des autorités françaises pour qu’elles rappellent l’importance des droits humains au président chinois», explique-t-elle.

«On est dans le classique»

La spécialiste rappelle que la Chine est le pays qui exécute le plus au monde et que l’ONG demande de longue date que le secret d’état qui entoure les condamnations et exécutions soit levé pour voir la réalité de la peine de mort dans le pays. «Les autorités chinoises indiquent qu’il y a de moins en moins d’exécutions, nous voulons pouvoir le vérifier», martèle Anne Denis.

Malheureusement, selon Jean-Vincent Brisset, «avec cette visite, on est dans le classique: c’est une visite où l’on va signer des contrats. François Hollande est dans la perspective de faire un communiqué flamboyant sur l’amitié franco-chinoise, ainsi que sur les contrats qui vont être signés, pour redorer son image de marque». Et de conclure: «Ce n’est que de la communication politique, on ne traite pas les véritables problèmes, pourquoi donc parleraient-ils des droits de l’homme?»