Ukraine: Vers de nouvelles invasions russes?

DÉCRYPTAGE Après la Crimée, Ukrainiens et Occidentaux craignent que l’Ours russe n’envahisse d’autres régions au sein des anciennes républiques soviétiques...

Bérénice Dubuc

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Le président russe Vladimir Poutine (c) après la signature du traité rattachant la Crimée à la Russie au Kremlin à Moscou le 18 mars 2014
Le président russe Vladimir Poutine (c) après la signature du traité rattachant la Crimée à la Russie au Kremlin à Moscou le 18 mars 2014 — Kirill Kudryavtsev AFP

Des craintes grandissantes. Depuis plusieurs jours, en Ukraine comme au sein de l’Otan, l’inquiétude est de plus en plus vive: après la Crimée, l’Ours russe va-t-il avaler d’autres régions, en Ukraine ou ailleurs? Les troupes russes se sont en effet massées à la frontière Est de l’Ukraine, toujours en proie à une agitation séparatiste, et la Transnistrie, région sécessionniste de la Moldavie située entre le fleuve Dniestr et la frontière ukrainienne, a demandé la semaine dernière à être rattachée à la Russie.

Une inquiétude pour les Ukrainiens, car «si la Russie décide de connecter la Transnistrie avec la Crimée et l’Abkhazie», région séparatiste de Géorgie, cela formerait «un corridor qui créerait une zone de forte déstabilisation en Europe», selon le ministre des Affaires étrangères, Andreï Dechtchytsia.

Propagande

Aude Merlin, membre du Cevipol, chargée de cours en sciences politique à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et spécialiste de la Russie explique à 20 Minutes que «les autorités russes poursuivent une politique expansionniste pour restaurer ou garantir une influence et un contrôle sur les anciennes républiques soviétiques, qu’elles nomment l’«étranger proche «». Une politique qui connaît un emballement, selon la spécialiste, les autorités faisant de la propagande dans les médias, et surtout à la télévision russe, pour mobiliser le nationalisme et patriotisme russe.

«Tous les ingrédients sont réunis pour que cette politique rencontre l’adhésion au sein de la société russe, qui soutient en grande majorité les agissements politiques des autorités. Les Russes ont ainsi adhéré à 80 % à l’annexion de la Crimée.» Cependant, d’autres facteurs interviennent, souligne Aude Merlin, comme par exemple ce que l’Union européenne et les Etats-Unis construisent pour lutter contre ces velléités expansionnistes.

«La Russie n’est pas un prédateur»

Pour Yves Boyer, spécialiste de géopolitique et directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, il n’est cependant pas certain qu’une annexion de l’Ukraine orientale ou de la Transnistrie soit dans les plans de Vladimir Poutine. Pour le spécialiste, les inquiétudes des Ukrainiens et du commandant suprême des forces de l’Otan en Europe, le général américain Philip Breedlove ne sont pas fondées: «La Russie n’est pas un prédateur, à l’affût de tout, qui va sauter sur l’est de l’Ukraine ou la Transnistrie», estime le spécialiste. «D’un point de vue géostratégique, la Russie a beaucoup plus intérêt à laisser la situation telle qu’elle est aujourd’hui», ajoute-t-il, estimant que «les Russes n’interviendront pas, sauf si la situation s’envenime en Ukraine orientale et tend à la guerre civile».

«L’économie ukrainienne ne fonctionne plus, et les oligarques et les corrompus sont toujours présents. La Russie va attendre de voir comment la situation économique et financière évolue, tout en ayant à sa disposition un levier politique dans l’Est», explique-t-il. Alexandre Kateb, économiste et directeur du cabinet de conseil et d’analyse économique, géopolitique et financière Competence Finance, abonde: «L’Est de l’Ukraine, la demande de la Transnistrie, sont une carte géopolitique que les Russes peuvent conserver pour peser contre l’Otan.»

Par ailleurs, «il est compréhensible que la Pologne et les états baltes-Estonie, Lettonie, Lituanie-, s’inquiètent, mais ils délirent», affirme Yves Boyer. Depuis le début de la crise en Crimée, les états baltes craignent pour leur propre souveraineté. Pour les rassurer, les Etats-Unis ont déjà dépêché en Pologne 12 avions de chasse F-16, des avions de transport et 300 soldats. Ils ont aussi envoyé en Lituanie six appareils F-15 pour renforcer la surveillance de l’espace aérien balte.