Ukraine: flottement politique après l'humiliation militaire en Crimée

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Le leader d'opposition (Udar) Vitali Klitschko serre la main du nouveau ministre de la Défense Mykhailo Koval (d) au Parlement de Kiev, le 25 mars 2014
Le leader d'opposition (Udar) Vitali Klitschko serre la main du nouveau ministre de la Défense Mykhailo Koval (d) au Parlement de Kiev, le 25 mars 2014 — Anatolii Stepanov AFP

L'humiliation militaire subie par l'Ukraine en Crimée a conduit mardi à la démission du ministre de la Défense, tandis que Barack Obama estimait que l'attitude de la Russie dans la crise illustrait plus sa «faiblesse» que sa «force».

«La Russie est une puissance régionale qui met en difficulté ses voisins non du fait de sa force mais de sa faiblesse», a déclaré le président américain à La Haye au dernier jour d'un sommet consacré à la sécurité nucléaire.

«Nous avons une influence considérable sur nos voisins mais nous n'avons généralement pas besoin de les envahir pour avoir une forte relation de coopération avec eux», a poursuivi M. Obama. «Le fait que la Russie ait ressenti le besoin d'avoir recours à l'armée et de violer le droit international est la preuve d'une moindre influence, pas d'une influence croissante», a-t-il ajouté.

Au lendemain d'une réunion du G7 ayant décidé d'isoler un peu plus la Russie diplomatiquement, M. Obama a réaffirmé les menaces de sanctions économiques si la crise s'aggravait. Pourraient ainsi être touchés les secteurs de «l'énergie, la finance, les ventes d'armes ou le commerce», a-t-il précisé.

«Notre préférence reste de résoudre cette crise par la diplomatie (...), il revient à la Russie d'agir avec l'esprit de responsabilité», a néanmoins ajouté le président américain qui doit poursuivre sa tournée européenne à Bruxelles mercredi.

- Timochenko écoutée -

Le climat entre Moscou et Kiev s'est encore alourdi mardi avec la publication sur internet d'un enregistrement de propos privés de l'égérie de la Révolution orange Ioulia Timochenko, à caractère violemment anti-russe.

Elle a démenti la partie la plus dure de l'enregistrement qui lui fait dire qu'il faudrait tuer les huit millions de Russes d'Ukraine «avec des armes nucléaires», l'attribuant à un montage dont elle a accusé le FSB, les services spéciaux russes.

Mais les parties non démenties de cet entretien téléphonique avec un député empruntent le même ton, par exemple lorsque Mme Timochenko, aujourd'hui dirigeante de l'un des partis au pouvoir, se dit «prête à prendre une mitraillette et tirer une balle dans la tête à ce salaud», visant apparemment le président Vladimir Poutine.

A Kiev, le Parlement ukrainien a dû s'y prendre à deux reprises pour approuver la démission présentée par le ministre de la Défense Igor Tenioukh. Il a ensuite nommé à sa place le général Mikhaïlo Koval qui avait été brièvement détenu en Crimée début mars par les forces pro-russes.

- «J'ai honte» -

La gestion de la crise par Kiev, accusé d'impuissance et d'improvisation, s'attirait des critiques de plus en plus vives, y compris au sein du pouvoir de transition en place depuis la chute de Viktor Ianoukovitch.

«Nous avons besoin que ceux qui travaillent et prennent les décisions soient des spécialistes, des gens capables de prendre les bonnes décisions», a déclaré le président du Parlement et président du pays par intérim Olexandre Tourtchinov.

Critiqué notamment par l'ex-champion de boxe Vitali Klitschko, M. Tourtchinov a mis au vote sa propre démission qui a été largement rejetée, seuls deux députés l'approuvant.

Le représentant du président ukrainien par intérim en Crimée, Serguiï Kounitsine, a également démissionné de ses fonctions pour protester contre ce qu'il considère comme l'inaction des autorités de Kiev.

«J'ai honte de tout cela», a dit M. Kounitsine. «L'ordre d'évacuation de nos forces de Crimée a été signé seulement aujourd'hui (lundi). Mais demain il n'y aura plus personne à évacuer! Chaque jour nos militaires sont faits prisonniers tandis que nous ne faisons que tenir des réunions, des débats», a-t-il regretté.

Après s'être emparés par la force lundi à l'aube d'une base d'infanterie de marine à Feodossia, les Russes ont quasiment achevé la prise de contrôle de la Crimée.

L'Assemblée générale de l'ONU doit se prononcer jeudi sur un projet de résolution non contraignante soumis par l'Ukraine qui dénonce le rattachement de la Crimée mais sans critiquer explicitement Moscou.

Sur le plan économique, le gouvernement ukrainien ne s'est pas montré optimiste pour 2014 en prévoyant une chute de 3% du produit intérieur brut (PIB) après une croissance nulle l'an dernier, selon le ministre des Finances.