Les talibans attaquent un bureau de la commission électorale à Kaboul

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Des policiers afghans près d'un bureau de la commission électorale visé par une attaque, à Kaboul le 25 mars 2014
Des policiers afghans près d'un bureau de la commission électorale visé par une attaque, à Kaboul le 25 mars 2014 — Shah Marai AFP

Au moins deux policiers afghans ont été tués mardi à Kaboul lors d'affrontements contre un commando suicide taliban qui s'était retranché pendant plusieurs heures dans un bureau de la commission électorale à Kaboul, à moins de deux semaines du premier tour de la présidentielle.

L'attaque s'est déroulée dans un bureau régional de la commission électorale indépendante (IEC), l'instance chargée de veiller au bon déroulement de l'élection, à Darulaman, un quartier de l'ouest de Kaboul.

«Vers 11H35 (07H05 GMT, ndlr), un kamikaze s'est fait exploser» devant les locaux de la commission, a déclaré un porte-parole de la police de la capitale afghane, Hashmat Estanakzai.

Profitant de la confusion, un groupe d'individus lourdement armés a fait irruption dans le bâtiment, mais, selon un porte-parole de la commission électorale, Noor Mohammad Noor, les employés sont parvenus à se réfugier à temps dans des pièces sécurisées.

Retranchés dans l'immeuble, les assaillants ont alors engagé de violents combats contre les forces de sécurité afghanes, arrivées rapidement sur place.

A l'issue de quatre heures d'affrontements «cinq assaillants ont été tués», a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Sediq Sediqqi, sur la chaîne afghane ToloNews.

«Nous sommes toujours en train de fouiller le bâtiment pour avoir s'il reste encore des attaquants», a-t-il ajouté, mais «tous les employés de l'IEC ont pu être évacués».

«Deux policiers ont été tués et deux autres blessés» au cours des combats, a dit M. Sediqqi, qui avait précédemment indiqué que deux civils avaient également été blessés.

L'attaque a été revendiquée par les talibans, artisans d'une violente insurrection en Afghanistan depuis leur éviction du pouvoir en 2001.

- «Perturber» l'élection -

Les rebelles islamistes, qui promis de mobiliser tous leurs moyens pour «perturber» l'élection présidentielle afghane, ont mené une série d'actions sanglantes ces derniers mois, visant notamment des lieux fréquentés par la communauté expatriée.

Jeudi soir, un groupe de kamikazes talibans a mené une expédition sanglante dans l'hôtel Serena de Kaboul, le plus prestigieux de la ville.

Neuf personnes ont péri au cours de cette attaque, dont deux Canadiennes travaillant pour la fondation Agha Khan et un Paraguayen œuvrant pour l'organisme américain NDI, ainsi que le journaliste de l'AFP Sardar Ahmad, sa femme et deux de ses enfants âgés de cinq et six ans.

Le troisième enfant du couple, Abouzar, un garçon de deux ans et dix mois grièvement blessé, était toujours hospitalisé mardi, mais son état de santé montrait des signes d'amélioration, selon les médecins.

Le gouvernement afghan a accusé mardi les services secrets pakistanais (ISI) d'avoir été «impliqués dans la préparation» de l'attaque de l'hôtel, malgré un démenti d'Islamabad.

Le drame du Serena a poussé une équipe de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui devait fournir une assistance au gouvernement afghan pour l'élection, à quitter le pays.

Jeudi également, dix-huit personnes, dont sept kamikazes et dix policiers, ont été tuées dans une attaque à Jalalabad (est) contre un poste de police proche de la maison du gouverneur local.

Deux jours auparavant, au moins 16 personnes avaient péri dans un attentat suicide en plein cœur d'un bazar de Maïmana, capitale de la province reculée de Faryab, frontalière du Turkménistan au nord du pays.

Ces attaques font ressurgir le spectre de la précédente présidentielle, en 2009, un scrutin chaotique marqué par des fraudes massives et des violences.

L'élection, dont le premier tour aura lieu le 5 avril, désignera le successeur du président Hamid Karzaï, seul homme à avoir dirigé le pays depuis la chute des talibans et à qui la Constitution interdit de briguer un troisième mandat.

Parmi les favoris du scrutin figurent Ashraf Ghani, un économiste réputé, Zalmai Rassoul, un ancien ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, un ténor de l'opposition arrivé en 2e position en 2009, et Abdul Rasul Sayyaf, un ancien chef de guerre controversé.

Cette élection intervient alors que le pays traverse une période d'incertitudes à l'approche du retrait de la force de l'Otan, d'ici à la fin de l'année.