Argentine: Trois personnes jugées pour le viol et le meurtre de deux Françaises

JUSTICE Le dossier d'accusation est accablant pour Gustavo Lasi, trahi par son ADN retrouvé sur les deux cadavres...

B. de V. (avec AFP)

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Gustavo Lasi à l'issue de la reconstitution le 26 août 2014 à San Lorenzo, des assassinats de Cassandre Bouvier et Houria Moumni
Gustavo Lasi à l'issue de la reconstitution le 26 août 2014 à San Lorenzo, des assassinats de Cassandre Bouvier et Houria Moumni —

Trois Argentins aux origines modestes sont face à leurs juges au tribunal de Salta, accusés d'avoir battu, violé et abattu Cassandre Bouvier et Houria Moumni, deux Françaises en vacances en 2011 dans le nord-ouest de l'Argentine.

Lors de la première audience, après la lecture de l'acte d'accusation, les parents de Cassandre et Houria devaient prendre la parole, avant les accusés, face aux trois juges du Tribunal de Salta, une juridiction réputée très sévère en Argentine. Si le dossier d'accusation est accablant pour Gustavo Lasi, trahi par son ADN retrouvé sur les deux cadavres, les preuves contre les deux autres accusés, Santos Vera et Daniel Vilte, sont plus minces.

Les habitants ne sont pas convaincus

Pour l'avocat français des familles, Ludovic Beaune, «l’ensemble des familles attend beaucoup des débats et espère que la vérité en surgira». La prudence de ces propos traduit le doute qui enveloppe cette affaire qui a horrifié les Argentins. Deux ans et demi après les faits, les habitants du crû ne sont pas convaincus que les trois accusés soient les responsables du meurtre.

Certes, les corps des Françaises ont été retrouvés près du belvédère de la Quebrada de San Lorenzo, à 15 km de la ville de Salta, là où elles ont été vues pour la dernière fois le 15 juillet à 16h23 quand elles ont acheté leurs billets d'entrée dans ce parc, où de nombreux touristes viennent marcher dans une forêt dense, où on n'entend que le bruit de la rivière et les chants d'oiseaux.

Un meurtre qui détonne dans cette région calme

Gustavo Lasi, 27 ans, avait occasionnellement travaillé comme guide dans le parc, où son père (mis hors de cause, ndlr) était chargé de la dernière ronde avant la fermeture. Santos Vera travaillait comme jardinier à 500 mètres du parc, dans un «country», un quartier privé. Enfin, l'oncle et la grand-mère de Daniel Vilte, maçon de 28 ans, vivent à 1 km de la Quebrada, dans une maisonnette au toit de tôle ondulée.

A Salta, le procès est dans toutes les discussions. Dans une région où les plus humbles sont habituellement prévenants vis à vis des touristes, à plus forte raison s'ils sont étrangers, le meurtre des jeunes Françaises détonne.

Une violente agression pour le juge d'instruction

Pour beaucoup, des innocents sont dans le box des accusés. Certains estiment que le mode opératoire «n'est pas celui de pauvres bougres du coin comme Lasi, Vilte ou Vera. Ici on tue à coup de pierre, avec une machette, un couteau, pas avec une arme à feu», confie un jeune d'une trentaine d'années qui ne veut pas être cité car son opinion va à l'encontre de la version officielle.

Le juge d'instruction Martin Perez a tranché. Le double meurtre a eu lieu non loin du «mirador» du parc naturel, peu après l'entrée des jeunes femmes, et il estime qu'à 19h50, quand Lasi a introduit sa carte SIM dans le téléphone de Houria, les deux Françaises avaient perdu la vie à l'issue d'une violente agression.

Le tourisme n'a pas faibli malgré le meurtre

La thèse d'un meurtre commis par des notables couverts par la police avait surgi dans la presse en 2011 et continue d'alimenter les conversations, plaçant MM. Lasi, Vilte ou Vera comme des exécutants. Pour les habitants de Salta, le meurtre des françaises est un affront, une atteinte à leur tradition d'hospitalité. Très appréciée des Européens, la province de Salta continue cependant d'attirer les touristes malgré le drame.

A la Quebrada de San Lorenzo, une stèle a été érigée à la mémoire de Cassandre et Houria, mais aucune pancarte n'indique le chemin à emprunter.

L'avocat espère qu'un accusé craquera

Avant leur séjour en Argentine, toutes les deux fréquentaient à Paris l'Institut des hautes études sur l'Amérique latine. Cassandre Bouvier comme enseignante-chercheur et Houria Moumni comme étudiante. Elles s'étaient rendues à Buenos Aires pour un colloque de sociologie. Alors que Cassandre retournait en France, Houria s'apprêtait à passer un an d'études en Argentine à l'université de Mar del Plata.

Nicolas Durrieu, avocat argentin des familles Bouvier et Moumni, espère que l'un des accusés craquera, révèlera la réalité des faits, afin de dissiper les doutes et zones d'ombre, avant la fin du procès, prévue le 16 mai.