Vol de la Malaysia Airlines: Des soupçons pèsent sur les pilotes

DISPARITION Du simulateur de vol au syndrome de l’Amok, plusieurs hypothèses convergent vers le pilote de l’avion…

Audrey Chauvet
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TO GO WITH: MALAYSIA-CHINA-VIETNAM-MALAYSIAAIRLINES-TRANSPORT-ACCIDENT,FOCUS BY SHANNON TEOH This picture taken on March 15, 2014 shows crew members looking outside windows from a Malaysian Air Force CN235 aircraft working during a search and rescue (SAR)Des membres de l'aviation malaisienne scrutent la mer lors des recherches le 15 mars 2014 au dessus du détroit de Malacca
TO GO WITH: MALAYSIA-CHINA-VIETNAM-MALAYSIAAIRLINES-TRANSPORT-ACCIDENT,FOCUS BY SHANNON TEOH This picture taken on March 15, 2014 shows crew members looking outside windows from a Malaysian Air Force CN235 aircraft working during a search and rescue (SAR)Des membres de l'aviation malaisienne scrutent la mer lors des recherches le 15 mars 2014 au dessus du détroit de Malacca — Mohd Rasfan AFP

Y avait-il un pilote dans le Boeing 777 de la Malaysia Airlines? L’enquête sur la disparition de l’avion se concentre maintenant sur le pilote et le copilote, dont les domiciles ont été perquisitionnés par les autorités malaisiennes. Si pour le moment, aucun élément n’a permis d’accréditer la thèse de l’implication des pilotes dans un sabotage, les personnalités du commandant de bord, Zaharie Ahmad Shah, 53 ans, et de son «officier pilote de ligne», Fariq Abdul Hamid, 27 ans, restent un élément clé de l’enquête.

L’hypothèse de la vengeance

Le commandant Zaharie est un militant de l’opposition politique malaisienne et la presse locale lui prête un lointain lien de parenté avec la belle-fille du leader de l’opposition, Anwar Ibrahim. Ces informations ont fait naître un soupçon, jugé «infamant» par son entourage, selon lequel le pilote aurait pu se venger de la condamnation d’Anwar pour sodomie dans un procès qu’il dénonce comme une cabale politique. Or sa condamnation en appel est intervenue quelques heures seulement avant le vol MH370 du samedi 8 mars.

L’énigme du simulateur de vol

Le pilote détenait chez lui un simulateur de vol, dont l’examen a révélé que «des données» en avaient été effacées. «Des experts tentent de les récupérer», a précisé le ministre malaisien des Transports et de la Défense, Hishammuddin Hussein, ce mercredi. Les analyses effectuées ont révélé que le pilote s’entraînait en particulier sur cinq aéroports autour de l’océan Indien: aux Maldives, en Inde et dans l’île de Diego Garcia qui abrite une base de soutien de la marine américaine. Selon certains experts, il n’est pas inhabituel que des pilotes de ligne possèdent un simulateur chez eux. Zaharie Ahmad Shah avait monté lui-même ce modèle sophistiqué et participait à des forums de passionnés d’aviation. Il avait même mis en ligne des tutoriels de pilotage.



Le soupçon de complicité de sabotage

Si la disparition de l’avion n’est pas liée à un événement accidentel, l’expertise nécessaire pour couper les systèmes de communication et rerouter un avion fait peser des soupçons de complicité de sabotage sur les pilotes de la Malaysia Airlines. Ils pourraient avoir désactivé les ACARS (Aircraft communication addressing and reporting system) et le transpondeur, les deux principaux systèmes de communication et de géolocalisation sur un Boeing 777, pour rendre l’avion quasiment invisible. Ils auraient également pu plonger l’appareil dans l’ombre d’un long-courrier de la Singapore Airlines aux fins de se confondre dans son signal radar.

Le copilote fait parler de lui

Fariq Abdul Hamid a été identifié comme l’émetteur du dernier message adressé à la tour de contrôle «All right, good night», peu avant la disparition de l’avion des écrans radars. Pourquoi est-ce lui et non le pilote qui a parlé à ce moment-là, les enquêteurs l’ignorent. En remontant dans le passé du jeune copilote, les enquêteurs ont retrouvé la trace d’une invitation contraire aux règlements: Fariq Abdul Hamid aurait invité une jeune passagère dans le cockpit lors d’un vol reliant la Thaïlande à Kuala Lumpur en 2011.

Des spéculations sur la psychologie des pilotes

Si les pilotes de ligne sont soumis à des tests physiques et psychologiques, certains aléas ne sont pas à exclure. L’ethnopsychologue Rebecca Duvillié estime ainsi qu’une crise d’Amok, une maladie psychiatrique observée dans les pays asiatiques, n’est pas à exclure: «C’est une pathologie exclusivement masculine. Les coureurs d’Amok sont des guerriers humiliés, qui n’arrivent pas à leur dessein. L’issue logique est le suicide», explique-t-elle au Figaro, rappelant qu’«il n’aurait probablement pas été possible de déceler ce type de penchant en amont».