En «avalant» la Crimée, la Russie pousse son projet d’Union eurasienne

MONDE Cette zone de libre-échange va comprendre dès 2015 la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan...

Mathieu Bruckmüller
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Le président russe Vladimir Poutine devant le parlement le 18 mars 2014 à Moscou
Le président russe Vladimir Poutine devant le parlement le 18 mars 2014 à Moscou — Alexei Nikolsky Ria Novosti

Retour au bercail pour la Crimée. Soixante ans après le cadeau du dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev qui avait offert la péninsule à l’Ukraine, ce territoire grand comme la Bretagne est depuis mardi rattaché à la Russie.



C’est Vladimir Poutine, à Moscou, qui a signé mardi en grande pompe le traité moins de 48 heures après les résultats du référendum qui a vu 95 % des habitants de Crimée réclamer leur retour dans le giron russe. «La Crimée était et reste dans le cœur des Russes une partie intégrante de la Russie», a déclaré le président russe dans un discours devant le Parlement, marqué par des élans de patriotisme et un ton très anti-occidental. Sans surprise, ce rattachement, condamné de concert par la France et les Occidentaux, a suscité un vent de protestation de la part du gouvernement ukrainien qui refuse de le reconnaître.

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«Les frontières de l’influence russe ne cessent de reculer»

Le coup de force de Moscou n’étonne pas le géographe Pascal Marchand, auteur de l’Atlas géopolitique de la Russie: «Il faut comprendre que depuis la dislocation de l’empire soviétique, les frontières de l’influence russe ne cessent de reculer. Les Russes craignaient qu’une partie de sa flotte présente en Crimée au moins jusqu’en 2042, selon les derniers accords militaires, accueille par la suite des bâtiments de l’Otan (offrant du même coup aux Occidentaux un accès direct à la Russie, ndlr) si l’Ukraine se rapprochait un peu plus de l’Ouest. Pour la Russie, le choix était simple: c’était soit la capitulation, soit l’action. La Russie de Poutine a décidé de ne pas se laisser faire et d’agir».

Mais jusqu’où? Vladimir Poutine a assuré qu’il ne cherchait pas à intégrer d’autres régions d’Ukraine. Une promesse qui ne calme pas la Pologne et les pays baltes, inquiets pour leur propre sécurité et qui réclament une attitude ferme des Occidentaux face à Moscou.

Pour les rassurer, les Etats-Unis ont déjà dépêché en Pologne 12 avions de chasse F-16, des avions de transport et 300 soldats. Ils ont aussi envoyé en Lituanie six appareils F-15 pour renforcer la surveillance de l’espace aérien balte. Par ailleurs, les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) ont pris des mesures -restrictions de visas et gels d’avoirs- contre plusieurs officiels russes.

Sanctions inédites, mais limitées

De telles sanctions sont inédites dans l’histoire des relations UE-Russie depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Ce qui fait craindre à Pascal marchand un risque d’escalades qui verraient notamment la Russie couper l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Mais à ce stade, l’option militaire est bel et bien exclue.

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«Poutine veut à tout prix maintenir son pré carré. Son objectif est en même temps de pousser les feux d’une union eurasienne, rivale de l’Union européenne. La Russie avait proposé à l’UE une grande zone de libre-échange dès 1992. L’UE a préféré faire cavalier seul en s’étendant vers l’Est. Cette union eurasienne, une zone de libre-échange, qui va comprendre dès 2015 la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan est la réponse au risque d’encerclement de la Russie par les Occidentaux et leurs alliés», analyse Pascal Marchand.