Quel avenir pour une «Crimée russe»?

UKRAINE Les autorités de Kiev n'exercent plus aucune autorité en Crimée. Cette semaine, la Douma doit entériner le rattachement à la Russie et donner les premiers éléments de ce changement de statut…

Romain Lescurieux

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Des habitants de Crimée célèbrent les résultats du référendum le 16 mars 2014 à Sébastopol
Des habitants de Crimée célèbrent les résultats du référendum le 16 mars 2014 à Sébastopol — Vikto Drachev AFP

Après le «oui» massif (97%) au référendum sur la sécession de la province et le vote du Parlement de Crimée en faveur du rattachement à la Fédération de Russie, qu'est-ce qui va changer dans la péninsule?

Quel statut juridique pour une Crimée russe?

Plusieurs scénarios sont envisageables: «La possibilité d’une Crimée de type pays-état, indépendante, mais uniquement reconnue par la Russie est encore plausible», explique Tatiana Jean, chercheur à l’Ifri (Institut français des relations internationales) et spécialiste de la Russie. En revanche, si la Russie accepte la Crimée dans sa fédération, le statut juridique de la péninsule peut prendre différentes formes. En effet, la fédération de Russie compte 83 «sujets» (des identités administratives qui vont de la République aux régions, en passant par des territoires). «Il existe deux statuts envisageables pour la Crimée. Soit une entité de type République jouissant d’une large autonomie et qui porte un nom de peuple, comme ce qu’on peut avoir avec la Tchétchénie. Soit une région avec un gouverneur désigné et un parlement élu», ajoute Dominique Colas, professeur de science politique à Sciences Po Paris.

Quelles conséquences pour la monnaie?

Le Parlement local a annoncé ce lundi que le rouble était désormais la monnaie officielle de la Crimée. La hryvnia, la monnaie ukrainienne qui avait cours jusqu’à présent, sera acceptée parallèlement jusqu’au 1er janvier 2016, ont-ils précisé. «Les banques avaient prévu le coup pour imposer rapidement le rouble. Il était déjà difficile de trouver des devises ukrainiennes en Crimée, quelques jours avant le référendum», explique Tatiana Jean.

Comment les passeports russes vont-ils être délivrés? La double nationalité va-t-elle exister?

«Si la Russie intègre la Crimée dans sa fédération, ils demanderont de choisir. Il n’y aura pas de double nationalité», note la chercheuse de l’Ifri. En attendant la décision finale, le passeport russe sera disponible et distribués à ceux qui le souhaitent. «Il ne faut également pas oublier que des milliers de gens en Crimée ont eu un passeport russe à la suite de l’implosion de l’URSS et l’ont toujours», ajoute-t-elle. Mais le problème va se poser pour ceux qui ont boycotté le référendum et qui ne vont pas faire la demande de passeport russe. Pour Tatiana Jean, «les Tatars, qui représentent 12 % de la population, risquent vite d’être dans une situation illégale et partir vers la Turquie».

La sécurité sociale russe va-t-elle s’appliquer en Crimée?

Grande attente des pro-russes, le système de santé devrait s’appliquer en Crimée où le nombre de retraités y est important. «De manière générale, la Russie va devoir investir massivement dans cette région où le salaire moyen est également bien plus bas qu’ailleurs. Toute cette manœuvre va de toute façon être très coûteuse pour la Russie», commente Tatiana Jean. Moscou aurait d'ores et déjà envoyé une assistance de «15 milliards de roubles» à la Crimée, a indiqué le dirigeant séparatiste de Crimée, Sergueï Lavrov, sur Twitter.

Quelles conséquences pour l’armée ukrainienne déployée dans la péninsule?

Il va y avoir un dilemme pour les soldats ukrainiens qui vont devoir se rallier aux autorités pro-russes de Crimée ou repartir en Ukraine. En effet, «ils prêtent serment ou ils partent», expose Dominique Colas de Sciences Po, avec le risque d’être taxés de «déserteurs», ajoute-t-il. Sergueï Aksionov, le dirigeant pro-russe de la Crimée avait déjà mis en garde ceux qui ne comptaient pas prêter allégeance en les assimilant à une «formation armée illégale».