Crimée: le rattachement à la Russie approuvé par 96,6 % des votants

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Des habitants de Crimée célèbrent la victoire du oui au référendum le 16 mars 2014 à Sébastopol
Des habitants de Crimée célèbrent la victoire du oui au référendum le 16 mars 2014 à Sébastopol — Viktor Drachev AFP

La Crimée s'acheminait encore davantage vers le rattachement à la Russie au lendemain d'un référendum marqué par une victoire massive du oui mais dénoncé par les Occidentaux qui doivent annoncer de nouvelles sanctions lundi contre Moscou.

Le rattachement de la péninsule ukrainienne de Crimée à la Russie a été approuvé par 96,6 % des votants au référendum tenu dimanche, selon les résultats définitifs communiqués lundi matin par le Premier ministre pro-russe Serguiï Axionov sur son compte Twitter.

A Simféropol, la capitale de la république séparatiste qui chantait dimanche soir l'hymne national russe, le parlement local se réunit lundi en session extraordinaire pour adopter officiellement une demande de rattachement qu'il adressera à la Russie et confirmer les résultats définitifs du oui (plus de 95%).

Des députés de Crimée s'envolent le même jour pour Moscou où la Douma, la chambre basse du Parlement russe, achève la préparation du projet de loi sur l'intégration de la Crimée à la Russie.

A Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent à 07H30 GMT pour décider de sanctions à l'encontre de responsables russes jugés impliqués dans l'intervention russe en Crimée.

Le président américain Barack Obama a fait écho aux Européens en évoquant d'éventuelles sanctions supplémentaires contre Moscou, et en avertissant son homologue russe Vladimir Poutine que les Etats-Unis et leur alliés ne reconnaîtraient «jamais» le référendum sur la Crimée de dimanche.

De même, le Japon a appelé lundi la Russie à ne pas annexer la Crimée, et le Canada a évoqué l'«illégitimité» du «soi-disant référendum».

La crise, née en novembre d'un mouvement de contestation du pouvoir du président Viktor Ianoukotch, aura accouché au bout de quatre mois de la pire crise diplomatique entre grandes puissances depuis la fin de l'Union soviétique en 1991. Et elle pourrait permettre à la Russie, une fois la Crimée absorbée, d'étendre son territoire pour la première fois depuis 1945.

- Plus de 95% pour la Russie -

Les partisans de Moscou ont passé une belle soirée. Il faut dire que la victoire a été facile. «95,5% ont voté pour le rattachement de la Crimée à la Russie», a annoncé le président de la commission électorale locale, Mikhaïlo Malychev, faisant état des premiers résultats après le dépouillement de plus de la moitié des bulletins.

Le taux de participation était de 81% pour cette consultation organisée en catastrophe dans une péninsule occupée depuis deux semaines par les troupes russes.

«Nous rentrons à la maison !» a lancé le Premier ministre de Crimée, Serguiï Axionov, place Lénine à Simféropol, avant d'entonner l'hymne national russe avec la foule et une chorale de chanteurs en tenue de marin de la Flotte de la mer Noire.

Entre MM. Obama et Poutine, le dialogue de sourds se poursuit. Barack Obama a demandé d'accepter des observateurs internationaux pour surveiller les incursions de troupes russes en Ukraine, ce à quoi le maître du Kremlin a rétorqué que la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) devrait «s'étendre à toutes les régions ukrainiennes», en référence aux bastions russophones de l'est.

Londres a de son côté qualifié le scrutin de «farce», suivi par Paris qui a raillé un scrutin «sous la menace des forces d'occupation russes».

- Scènes de liesse -

Dès l'annonce des résultats, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Simféropol et Sébastopol, qui abrite la flotte russe de la mer Noire, pour fêter la victoire du rattachement de la péninsule à la Russie.

Le référendum, présenté comme un exercice de démocratie populaire par les autorités séparatistes et par Moscou, se déroulait en présence de milliers de soldats russes qui contrôlent la région depuis deux semaines aux côtés de milices séparatistes.

L'Union européenne a averti qu'elle mettrait ses menaces à exécution dès lundi en établissant une liste noire de responsables russes et ukrainiens pro-russes visés par des sanctions.

- Poutine 'a su résister' -

A Sébastopol, Aleftina Klimova, née en Russie, a eu du mal à trouver le sommeil avant le vote. «Je m'attendais à ce que les Etats-Unis, la France, eux tous, soient contre. Je craignais pour (le président russe Vladimir) Poutine. Mais il a su résister», a-t-elle dit.

La question posée donnait aux électeurs le choix entre «la réunification avec la Russie en tant que membre de la Fédération de Russie» ou le retour à un statut, datant de 1992 et jamais appliqué, d'autonomie élargie à l'égard de Kiev.

Les autorités sécessionnistes sont arrivées au pouvoir à Simféropol après la destitution à Kiev, le 22 février, du président pro-russe Ianoukovitch et à la faveur d'un coup de force organisé par des civils pro-russes en armes et des milliers de soldats russes.

Venus de Sébastopol, la base maritime russe à la pointe sud de la péninsule puis entrés en Crimée en colonnes de blindés depuis le territoire russe, ils assiégeaient dans les bases militaires et les lieux stratégiques les soldats ukrainiens restés fidèles aux autorités de Kiev.

- Agitation à l'Est -

A Kiev, l'homme de la rue - ou plutôt du Maïdan (place de l'Indépendance) - n'en craint pas moins la guerre.

«C'est une possibilité», dit un membre des groupes d'autodéfense du Maïdan, Vassyl Petrachthouk. «Poutine verra que nous ne sommes pas prêts à nous écarter de son chemin. Aujourd'hui il prend la Crimée, demain il voudra prendre Donetsk, Kharkiv, pas à pas. Il veut rétablir l'Union soviétique».

Dans l'est, des manifestants pro-russes, encouragés par le référendum, ont procédé à une démonstration de force dans les grandes villes industrielles en passe de devenir de nouveaux «points chauds».

A Donetsk, ancien fief du président Ianoukovitch destitué fin février, des manifestants pro-russes ont pénétré dans les sièges du parquet et des services spéciaux (SBU), et à Kharkiv, l'ancienne capitale de l'Ukraine, 6.000 pro-russes ont organisé un meeting-référendum pour plus d'autonomie et pour la «souveraineté» de la langue russe.

Petite note insolite, l'équipe de Simféropol (Crimée) et le Dynamo de Kiev ont disputé dimanche un match de football symbolique. Le Dynamo, un habitué de la Ligue des Champions, l'a emporté 2 à 1.