La Crimée aux urnes pour voter son rattachement à la Russie

UKRAINE C’est aujourd’hui que l’avenir de la Crimée, qui fait très peu de doute, va se jouer…

avec AFP

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Des drapeaux criméens flottent lors d'une manifestation à Simféropol, le 15 mars 2014.
Des drapeaux criméens flottent lors d'une manifestation à Simféropol, le 15 mars 2014. — Vadim Ghirda/AP/SIPA

Les bureaux de vote sont ouverts depuis 7h, heure française.Un million et demi d'électeurs de la province ukrainienne de Crimée sont appelés ce dimanche à voter leur rattachement à la Russie lors d'un scrutin dénoncé par le monde entier mais soutenu par Moscou et dont le résultat ne fait aucun doute. Le président de la commission électorale de Crimée a indiqué qu'il serait en mesure de donner une estimation du résultat tôt dans la soirée de dimanche, après la clôture des bureaux de vote à 20h (19h, heure française) et un résultat définitif dans la matinée de lundi.

Quelle question est posée aux Criméens ?

La question posée donne aux électeurs le choix entre «la réunification avec la Russie comme membre de la Fédération de Russie» ou le retour à un statut, datant de 1992 et jamais appliqué, d'autonomie élargie vis à vis de Kiev. Le maintien du statu-quo à l'intérieur de l'Ukraine ne figure pas sur les bulletins, ce qui a poussé le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius à ironiser sur le choix proposé «entre oui et oui».

Le référendum est-il joué d’avance?

Dans une péninsule majoritairement peuplée de Russes, rattachée en 1954 sur décision de Nikita Khrouchtchev à une Ukraine qui a toujours semblé lointaine à de nombreux habitants, une large majorité va certainement se prononcer en faveur d'une union formelle avec la Fédération de Russie, d'autant plus que les minorités ukrainienne et tatar, qui constituent ensemble 37% de la population, ont appelé au boycott.

Le gouvernement ukrainien a-t-il son mot à dire ?

Le gouvernement ukrainien a multiplié les dénonciations, qualifié d'illégal et d'anti-constitutionnel le scrutin de dimanche, mais n'est pas en mesure de s'y opposer. Les autorités sécessionnistes sont arrivées au pouvoir à Simféropol après la destitution à Kiev, le 22 février, du président pro-russe Viktor Ianoukovitch et à la faveur d'un coup de force monté par des civils pro-russes en armes et des milliers de soldats russes. Venus de la base maritime de Sébastopol, à la pointe sud de la péninsule, louée par Moscou à la Flotte de la mer Noire puis entrés en Crimée en colonnes blindées depuis le territoire russe, ils assiègent dans les bases militaires et les lieux stratégiques de la péninsule les soldats ukrainiens restés fidèles aux autorités de Kiev.

Quelles conséquences pour les relations internationales ?

De nombreux responsables internationaux, dont le secrétaire d'Etat américain John Kerry, ont qualifié le référendum «d'illégitime» sur un territoire occupé par une armée étrangère. Ils ont averti que son résultat ne serait pas reconnu internationalement et assuré que Moscou devrait faire face à des sanctions, notamment de la part des Etats-Unis et de l'Union Européenne. Le bras de fer entre Moscou et Washington a viré à la pire crise diplomatique entre Russes et Occidentaux depuis la chute de l'URSS en 1991 et pourrait très durablement affecter les relations entre les grandes puissances.

D’autres régions pourraient-elles suivre l’exemple de la Crimée ?

Au-delà de l'avenir de la Crimée au sein de l'Ukraine ou de la Russie, la crise a réveillé les séparatismes dans les bastions russophones et industrielles de l'est du pays. Et le déploiement de troupes russes aux frontières au nom d'exercices militaires doublé des discours à Moscou sur la nécessité de «protéger» les communautés russophones éveillent la crainte de nombreux Ukrainiens qui sont persuadés, malgré les dénégations de la diplomatie russe, que l'armée russe va marcher sur Kiev.

Que va-t-il se passer après le scrutin ?

Les autorités de Simféropol ont indiqué qu'après la publication officielle des résultats elles comptaient adresser à Moscou dans le courant de la semaine prochaine une demande formelle de rattachement à la Russie. La Douma, chambre basse du parlement russe, anticipant comme tout le monde une large victoire du «oui», a prévu de voter le 21 mars sur un projet de loi rattachant officiellement la Crimée à la Russie. Le premier ministre pro-russe de Crimée Serguiï Axionov, après avoir dans un premier temps évoqué une intégration à marche forcée au sein de la Russie, a indiqué vendredi que l'ensemble des réformes et des transformations des institutions, de l'économie et de la société en Crimée prendraient «environ un an».