«Consternant, «honteux»… Le rejet par les eurodéputés d’un rapport sur l'égalité hommes-femmes fait du bruit

EUROPE Mardi, le Parlement européen a retoqué un rapport sur l’égalité homme-femme, car le texte a clairement divisé les eurodéputés…

Delphine Bancaud

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Le Parlement européen à Strasbourg
Le Parlement européen à Strasbourg — Frederick Florin AFP

Cela devait être un rapport consensuel, mais il a finalement mis le feu aux poudres au Parlement européen.

Les eurodéputés ont  rejeté mardi à l'issue d'un vote serré un rapport sur l'égalité entre les hommes et les femmes. Il a été rejeté par 298 voix contre, essentiellement dans le camp conservateur. Il a récolté 289 pour (majoritairement la gauche et les libéraux) et 87 abstentions, dont un nombre important de députés écologistes, en tête desquels Daniel Cohn-Bendit et José Bové.

Ce texte très dense, de 80 propositions,  demandait aux Etats de l'Union Européenne de «garantir le respect du principe fondamental de l'égalité de rémunération à travail égal entre les femmes et les hommes», d'interdire les démissions forcées en cas de maternité, et prônait la lutte contre les stéréotypes sexistes.

Un texte jugé « fourre tout » par certains

Des thèmes qui ne suscitent pas a priori le débat, mais certains eurodéputés ont estimé que le texte était trop «fourre tout» pour être adopté. Contactée par 20 Minutes, l'eurodéputée conservatrice luxembourgeoise du Groupe du Parti Populaire Européen (Démocrates-Chrétiens) Astrid Lulling, qui a voté contre, estime ainsi que «rapport était trop surchargé et abordait des thématiques hors sujet comme l’avortement».

Cette dernière juge également inutile un énième texte sur l’égalité hommes-femmes. «Depuis 1975, 12 directives ont été adoptées sur le sujet et ont abordé beaucoup de thème : l’égalité salariale, le congé maternité, le congé parental, l’accès à la sécurité sociale pour les femmes… C’est un arsenal formidable mais il n’est pas suffisamment utilisé, car ces directives sont très inégalement appliquées », souligne-t-elle. «Nous n’avons donc pas besoin de nouveaux textes, mais bien que ceux qui existent fassent leurs preuves sur le terrain», insiste-t-elle.

Un rejet «consternant» par Najat Vallaud-Belkacem

Une position loin d’être partagée par tous les députés. La députée socialiste belge Véronique De Keyser a ainsi dénoncé «une marche arrière incroyable au lendemain de la Journée des Femmes». «Aujourd'hui, par ce vote, c'est non seulement les femmes qui sont insultées et agressées, mais l'ensemble de la société, nos valeurs et le coeur de notre humanité», a dénoncé aussi la délégation française du groupe socialiste. C'est un vote « désinvolte et honteux», a ajouté la socialiste française Sylvie Guillaume qui y voit l'expression d'une certaine lassitude de nombreux eurodéputés face à un énième rapport sur les droits des femmes.

La ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem a qualifié de «consternant» le rejet de ce texte: «Cela montre à quel point rien n’est jamais acquis en ce qui concerne les droits des femmes, y compris pour des positions qui semblent consensuelles. Nous devons être sans cesse sur nos gardes», a-t-elle déclaré.