Japon: «Mes clientes sont soit mortes, soit parties»

REPORTAGE Dans la ville d’Otsuchi, qui a perdu près de 10% de sa population le jour du tsunami, les commerçants ont perdu une grand partie de leur clientèle…

Mathias Cena

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La galerie marchande temporaire d'Otsuchi: 40 boutiques installées sur une ancienne cour d'école depuis décembre 2011.
La galerie marchande temporaire d'Otsuchi: 40 boutiques installées sur une ancienne cour d'école depuis décembre 2011. —

De notre envoyé spécial à Otsuchi

Dans une ancienne cour d’école, des barres de préfabriqués entourent un grand parking. Sur deux niveaux, une quarantaine d’échoppes qui tournent le dos aux montagnes environnantes. C’est la galerie marchande temporaire d’Otsuchi, qui accueille les commerçants de la ville qui ont perdu leur boutique. Ils sont nombreux: Otsuchi a été détruite presque en totalité par la vague de 22,2 mètres qui y a tué 1.235 personnes, soit 8% de la population. L’hôtel de ville, où se trouvaient le maire et quarante employés, a été balayé.

Shigeru Yamazaki, le président de la galerie marchande temporaire, ne fait plus de plans sur l’avenir. Cet homme de 66 ans qui tenait un magasin de vêtements pour dames ne sait pas de quoi sera fait demain. «J’ai perdu mon magasin, ma mère et ma femme», dit-il dans un souffle. Après le tsunami, il était important de relancer au plus vite l’activité économique. Ce lieu temporaire a donc été ouvert en décembre 2011 avec l’aide de la Chambre de commerce, dans ce qui était la cour d’une école emportée par les flots. Des études sont en cours pour trouver un emplacement permanent où reconstruire la galerie marchande, mais le projet est en attente à cause des retards dans la reconstruction de la digue.

Le chiffre d’affaires des commerçants s’est réduit des deux tiers

En ce début de soirée, quelques voitures vont et viennent. Dans une boutique de souvenirs au rez-de-chaussée, une vendeuse présente les spécialités de la région, toujours une bonne source de revenus. Mais les clients sont rares. La plupart s’arrêtent quelques minutes pour faire leurs achats dans l’une des boutiques et repartent immédiatement. Le chiffre d’affaires des commerçants a chuté a environ un tiers de ce qu’il était avant le tsunami, estime Shigeru Yamazaki: «Certains secteurs marchent toujours, comme la restauration, les combinis (les supérettes) ou les matériaux de construction. Moi je vendais des vêtements pour femmes, plutôt d’un certain âge. Malheureusement, mes clientes sont soit mortes, soit parties.»

Shigeru Yamazaki estime que 2.500 personnes ont déménagé ailleurs depuis le 11 mars 2011. Ceux qui sont restés préfèrent souvent les grands centres commerciaux hors de la ville. «Quant à ceux qui vivent dans des abris temporaires, ils n’ont pas de place pour stocker leurs achats», remarque-t-il, amer.

 

 

Otsuchi, dans la préfecture d'Iwate, Nord-Est du Japon. - Capture google maps