Le Salvador élit son président, la gauche au pouvoir favorite

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Affiche électorale de l'ex-commandant guérillero Salvador Sanchez Ceren, à San Salvador le 8 mars 2014, à la veille de l'élection présidentielle
Affiche électorale de l'ex-commandant guérillero Salvador Sanchez Ceren, à San Salvador le 8 mars 2014, à la veille de l'élection présidentielle — Inti Ocon AFP

L'ancienne guérilla de gauche du Salvador va tenter de conserver dimanche la présidence de ce petit pays d'Amérique centrale miné par la violence et la pauvreté, face à une droite largement distancée dans les sondages.

L'ex-commandant guérillero Salvador Sanchez Ceren, du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), affronte lors de ce deuxième tour de la présidentielle pour un mandat unique de cinq ans Norman Quijano, candidat de l'Alliance républicaine nationaliste (Arena, droite).

M. Ceren, 69 ans, avait manqué d'un cheveu l'élection dès le premier tour, le 2 février, avec 49% des voix. Pour ce deuxième tour de scrutin, les sondages lui promettent un avantage de 10 à 18 points sur l'ancien maire de la capitale, San Salvador.

Ex-ministre, l'ancien membre du haut commandant de la guérilla est l'actuel vice-président du sortant Mauricio Funes, un journaliste modéré élu en 2009, mettant fin à 20 ans de règne de l'Arena et signant la première élection d'un président de gauche à la tête de ce pays de 6,2 millions d'habitants.

Il a promis d'approfondir les programmes sociaux initiés par le gouvernement Funes, qui sont parvenus à faire diminuer de presque six points un taux de pauvreté s'établissant désormais à 40% de la population, selon le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

M. Quijano, un ancien dentiste de 67 ans profondément anti-communiste, s'est engagé lui à «améliorer» les dispositifs sociaux existants et à attaquer la criminalité, marquée par les activités des «maras», des bandes criminelles constituées de jeunes gens reconnaissables à leurs multiples tatouages et se livrant notamment aux extorsions et à divers trafics.

«Nous espérons de vrais changements contre la criminalité ainsi que des emplois pour les jeunes qui souhaitent obtenir un salaire», a ainsi expliqué à l'AFP Omar Cabellos, étudiant en école de cuisine.

Samedi, des milliers de personnes faisaient la queue devant les centres délivrant les cartes d'électeurs. Un total de 4,9 d'inscrits sont attendus dans les bureaux de vote, entre 07H00 locales (13H00 GMT) et 17H00 (23H00 GMT).

Les premiers résultats sont attendus trois heures plus tard.

- L'épouvantail vénézuélien -

«Tout est prêt (...) Tout le matériel électoral a été distribué», a affirmé le président du Tribunal suprême électoral (TSE), Eugenio Chicas.

Dans une adresse à la nation, le président Funes a lui appelé ses compatriotes à voter avec «passion et liberté» afin de célébrer la «grande fête de la démocratie».

Malgré la clôture officielle de la campagne mercredi, les rues des principales villes étaient toujours couvertes d'affiches des candidats et des véhicules aux couleurs des deux partis en lice continuaient de circuler.

Cherchant à refaire son retard sur le FMLN, l'Arena a agité durant la campagne l'épouvantail vénézuélien, le gouvernement du socialiste Nicolas Maduro étant contesté dans la rue depuis plus d'un mois par des étudiants et l'opposition, provoquant de nombreux affrontements entre police et manifestants.

«Faire peur avec ce que vit le Venezuela n'est pas approprié car c'est une autre réalité. Les campagnes sur la peur ne résolvent rien», a toutefois souligné l'analyste universitaire Roberto Cañas.

Le scrutin sera placé sous la surveillance de 40.000 policiers et militaires, ainsi que de 2.000 délégués d'organisations et de gouvernements étrangers.

Malgré une trêve observée depuis deux ans entre les deux principales «maras», qui a permis de faire chuter les homicides de 14 à moins de sept par jour, celles-ci poursuivent activement leurs activités criminelles, notamment les rackets.

Pourtant le thème n'a pas dominé la campagne et les deux candidats se sont accordés à promettre des programmes de prévention, de réinsertion et de soutien à la police.

Pour l'expert en sécurité Juan Ramon Medrano, la priorité et de «réadapter» les 10.000 membres de ces «maras» incarcérés et d'empêcher que les 50.000 encore dans les rues «continuent de recruter».