Crimée: Les enjeux du référendum pour le rattachement à la Russie

UKRAINE Alors que la Russie occupe déjà la Crimée militairement, quels sont les enjeux et les réactions après l'annonce d'un référendum sur le rattachement de la région à la Russie?...

M.C.

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Des soldats ukrainiens gardent la base navale de Sébastopol, en Crimée, le 6 mars 2014.
Des soldats ukrainiens gardent la base navale de Sébastopol, en Crimée, le 6 mars 2014. — Pierre Crom/LEJOURNAL/SIPA

Le Parlement local de Crimée, dominé par des pro-Russes, a demandé jeudi à Vladimir Poutine le rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie et annoncé l’organisation d’un référendum le 16 mars pour le valider. Il espère ainsi légitimer par les urnes l’annexion militaire de la Crimée par la Russie. En face, les Occidentaux font bloc, une situation qui rappelle de plus en plus la guerre froide. Tour de la situation en quatre questions.

Quel choix a la population?

Les électeurs de la péninsule de deux millions d’habitants à majorité russophone, stratégique pour Moscou, auront le choix entre un rattachement à la Russie ou une autonomie nettement renforcée.

Comment réagissent l’Ukraine et la communauté internationale?

Pour les Etats-Unis, la Russie cherche un prétexte pour «envahir» l’Ukraine. Barack Obama a estimé qu’un tel référendum «violerait la Constitution ukrainienne et le droit international». Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a aussi vivement réagi à l’annonce: «La Crimée est une partie de l’Ukraine, la Crimée est l’Ukraine», a-t-il martelé. Les Européens ont aussi très mal accueilli la demande de rattachement de la péninsule à Moscou. C’est «un sérieux pas dans la mauvaise direction», a commenté le Premier ministre britannique, David Cameron.

Le gouvernement ukrainien est évidemment furieux. C’est «une farce, un crime contre l’Ukraine commis par les militaires russes», s’est insurgé le président par intérim, Olexandre Tourtchinov. Kiev a lancé la procédure de dissolution du Parlement local de Crimée.

Quelle est l’attitude de la Russie?

Pour Vladimir Poutine, le changement de pouvoir à Kiev a imposé au peuple ukrainien «des décisions absolument illégitimes», la Russie «ne peut pas ignorer les appels à l’aide» venus de Crimée et doit agir «en conséquence». Autrement dit, le président russe, qui occupe déjà militairement la Crimée, boit du petit-lait. Il voit d’un très mauvais œil le rapprochement entre l’Ukraine et l’Union européenne, qui économiquement n’est pas bénéfique à la Russie, et qui pourrait donner des idées à d’autres ex-républiques soviétiques.

La télévision publique russe s’est d’ailleurs lancée dans une vaste opération de propagande pour justifier les événements dans la péninsule ukrainienne, comparant les Ukrainiens pro-Européens à des «nazis» et affirmant que des ultra-nationalistes et des fascistes sont arrivés au pouvoir à Kiev. Les critiques dénoncent une offensive médiatique digne de l’époque soviétique.

Les habitants de Crimée sont-ils en faveur du rattachement à la Russie?

Près de 60 % de la population de Crimée est d’origine russe, et moins de 24 % est d’origine ukrainienne. Le vote séparatiste a donc de grandes chances de l’emporter. De leur côté, les 12 % de Tatars de Crimée, une minorité musulmane persécutée et déportée sous Staline, qui étaient retournés sur la péninsule après 1991, commencent à fuir par centaines pour rejoindre Lviv (ouest de l’Ukraine).