Procès Al-Jazeera en Egypte: des accusés dénoncent des mauvais traitements

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Le journaliste australien Peter Greste dans le box des accusés, au Caire le 5 mars 2014
Le journaliste australien Peter Greste dans le box des accusés, au Caire le 5 mars 2014 — Khaled Desouki AFP

Des journalistes de la chaîne satellitaire du Qatar Al-Jazeera, jugés en Egypte pour des accusations de soutien aux Frères musulmans, se sont plaints d'avoir subi de mauvais traitements en détention lors de la deuxième audience mercredi de leur procès.

Ce procès est considéré comme un test pour les autorités installées par l'armée depuis qu'elle a destitué en juillet 2013 le seul président jamais élu démocratiquement, l'islamiste Mohamed Morsi, de nombreux militants disant craindre un retour d'un pouvoir autoritaire dans le pays.

La prochaine audience a été fixée au 24 mars par la cour criminelle du Caire.

Le journaliste australien Peter Greste, et ses confrères égypto-canadien Mohamed Fadel Fahmy et égyptien Baher Mohamed, arrêtés en décembre, sont apparus dans le box grillagé au côté de trois autres accusés, tous vêtus de la traditionnelle tenue blanche des prisonniers.

Au total, 20 personnes présentées par le Parquet comme des journalistes d'Al-Jazeera sont jugées alors que la chaîne assure que seules neuf travaillent pour elle. Les 16 Egyptiens sont accusés d'appartenance à une «organisation terroriste» et les quatre étrangers de leur avoir fourni «argent, équipements et informations» pour «diffuser de fausses nouvelles» faisant croire à une «guerre civile dans le pays».

Depuis juillet, au moins 1.400 personnes ont été tuées, la quasi-totalité des partisans de M. Morsi morts dans la répression menée par les forces de sécurité, selon Amnesty International.

Les autorités égyptiennes ont accusé Al-Jazeera d'avoir pris fait et cause pour les Frères musulmans, proclamé comme un mouvement «terroriste», et ont fermé définitivement son antenne égyptienne, Al-Jazeera Mubasher Misr.

Au-delà d'Al-Jazeera, ce sont les relations entre le Caire et Doha qui se sont tendues, Al-Jazeera étant la voix du Qatar. L'émirat gazier du Golfe reproche de son côté aux autorités égyptiennes leur violence à l'encontre des islamistes.

- 'Epaule cassée depuis 10 semaines' -

Depuis le box des accusés, Soheib Saïd, l'un des accusés égyptiens, s'est plaint «de tortures physiques et de pressions psychologiques» de la part des services de sûreté de l'Etat. «Nous avons demandé à la médecine légale de nous examiner et personne n'a réagi».

«Mon épaule est cassée depuis 10 semaines et je dors par terre» en cellule, a de son côté affirmé M. Fahmy à la cour. «Je vous demande de me libérer avec la garantie de l'ambassade canadienne que je ne quitterai pas le pays».

Son père, qui lui a rendu visite mardi, a affirmé à l'AFP qu'il avait «besoin d'une opération à l'épaule droite, mais les autorités pénitentiaires ne l'ont pas autorisée jusqu'ici».

Durant l'audience, un responsable des services de sécurité a indiqué que, «dans la mesure où il ( M. Fahmy) collabore avec une chaîne qui diffuse des fausses informations et coopère avec les Frères musulmans, c'est un membre» de la confrérie.

Le père de M. Fahmy a rejeté de «fausses accusations», arguant que son fils avait été «l'un des premiers à participer aux manifestations du 30 juin» 2013 contre M. Morsi.

Et pour un avocat du journaliste, Ibrahim Abdel Wahab, «la seule accusation crédible est celle de possession de matériel de diffusion sans autorisation».

- 'Violations des libertés' -

Al-Jazeera a dénoncé des accusations «infondées» et Mokhless El Salhy, un autre avocat de la défense, a indiqué à l'AFP qu'il allait «de nouveau demander leur libération sous caution».

Les autorités affirment que les journalistes travaillaient sans accréditation.

Andrew Greste a indiqué devant la cour que son frère, Peter, était «en bonne santé physique», assurant que c'était surtout la mobilisation internationale en faveur du journaliste, récompensé par plusieurs prix, «qui le fait tenir en prison».

Les trois autres journalistes étrangers sont jugés par contumace -les Britanniques Sue Turton et Dominic Kane et la Néerlandaise Rena Netjes.

En réaction à ce procès, Reporters sans Frontières a dénoncé «la poursuite de la violation des libertés fondamentales». En janvier, Human Rights Watch avait déploré «une tolérance quasi zéro», tandis qu'Amnesty International accusait l'Egypte de n'accepter «qu'une seule version des faits: celle autorisée par les autorités».