Ukraine: Les Etats-Unis maintiennent la pression avant un face-à-face avec Moscou

DIPLOMATIE Américains et Russes doivent se rencontrer ce mercredi en marge d'une réunion sur le Liban...

avec AFP

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Le secrétaire d'Etat John Kerry le 4 mars 204 à Kiev
Le secrétaire d'Etat John Kerry le 4 mars 204 à Kiev — Kevin Lamarque Pool

Washington maintient la pression sur Moscou. Accusé de chercher un «prétexte» pour «envahir» l'Ukraine, avant un face-à-face ce mercredi à Paris entre les chefs de la diplomatie russe et américain, la Russie est sous le feu des Etats-Unis.

Doute sur la bonne foi de Vladimir Poutine

S'exprimant pour la première fois à Kiev depuis l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle équipe pro-européenne, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a pris mardi son ton le plus ferme pour critiquer le président Vladimir Poutine.

«Je pense qu'il est clair que la Russie fait tout son possible pour créer un prétexte pour pouvoir envahir davantage l'Ukraine», a-t-il dénoncé lors d'une conférence de presse.

Dans le même temps à Washington, le président Barack Obama a carrément mis en doute la bonne foi de Vladimir Poutine, affirmant que ses déclarations «ne trompent personne».

Création d'un groupe de contact sur l'Ukraine

C'est dans ce contexte tendu que le chef de la diplomatie américaine retrouve à Paris mercredi son homologue russe Sergueï Lavrov, pour la première fois depuis la mise sous tutelle russe de la Crimée, à l'occasion d'une réunion organisée par le président français François Hollande sur le Liban. Une rencontre entre les deux responsables, qui se sont beaucoup invectivé au cours des derniers jours, pourrait avoir lieu dans l'après-midi.

Il n'est pas exclu non plus que le président français, hôte de cette réunion prévue de longue date, n'en profite pas pour réunir les principaux acteurs impliqués dans la crise ukrainienne, russe et occidentaux.

«Il y aura des contacts sur l'Ukraine», a confirmé l'entourage du président français, sans en préciser le format. Ils interviendront à la veille d'un sommet extraordinaire de l'Union européenne qui pourrait décider de mesures coercitives à l'égard de Moscou, accusé d'avoir violé le droit international et la souveraineté de l'Ukraine en prenant de facto le contrôle de la Crimée.

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Parmi les sujets de discussions, devrait figurer l'idée proposée par la chancelière allemande Angela Merkel de créer un «groupe de contact» international sur l'Ukraine, selon Paris.

Dans la matinée, une rencontre trilatérale est prévue par John Kerry avec son homologue britannique William Hague et le ministre des Affaires étrangères ukrainien en exercice, Andrii Deshchytsia, invité de dernière minute à Paris.

Porte de sortie

La fermeté américaine n'empêche pas Washington de chercher une porte de sortie pour la Russie.

L'idée, mentionnée par Barack Obama lors de l'appel téléphonique à son homologue russe samedi, est de répondre point par point aux inquiétudes formulées par Moscou au sujet de la situation chez son voisin, a précisé un haut responsable de la Maison Blanche.

Après plus de trois mois de crise politique dans l'ex-république soviétique aboutissant à la destitution du président Viktor Ianoukovitch, la prise de contrôle de la plus grande partie de la Crimée par des forces russes a provoqué des tensions inédites depuis la chute de l'URSS entre Moscou et les pays occidentaux.

«Nous pouvons parvenir à une désescalade», a toutefois assuré Barack Obama mardi soir.

John Kerry a également assuré ne pas chercher la «confrontation» avec Moscou. Le secrétaire d'Etat américain s'est tout de même étranglé lorsqu'un journaliste lui a demandé de réagir au démenti du président russe , qui a évoqué des groupes «d'autodéfense». «Il a vraiment nié la présence de troupes en Crimée?» a-t-il demandé.

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 Poutine dénonce un «coup d'Etat»

Un peu plus tôt, Vladimir Poutine était en effet sorti de son silence pour nier toute implication russe en Ukraine et dénoncer un «coup d'Etat» contre le «seul président légitime», Viktor Ianoukovitch.

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Alors que les Ukrainiens et les Occidentaux craignaient une opération militaire de grande envergure en Ukraine, le chef de l'Etat russe a estimé que l'envoi de troupes russes n'était «pas nécessaire pour le moment».

En fait, Vladimir Poutine n'a pas entièrement écarté cette option. «Cette possibilité existe», a-t-il dit, précisant que la Russie se réservait le droit de recourir à «tous les moyens» pour protéger ses citoyens dans cette ancienne république soviétique, notamment en Crimée qui compte 60% d'habitants d'origine russe.

Vladimir Poutine, avare de déclarations depuis la destitution le 22 février du président Ianoukovitch après trois mois d'une contestation qui a tourné à la confrontation violente se soldant par la mort de 98 personnes à travers le pays, s'est longuement expliqué.