Venezuela: défié dans la rue, le gouvernement rend hommage à Hugo Chavez

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Manifestation des opposants au président vénézuélien Nicolas Maduro le 4 mars 2014 à Caracas
Manifestation des opposants au président vénézuélien Nicolas Maduro le 4 mars 2014 à Caracas — Leo Ramirez AFP

Contesté depuis un mois dans la rue par des étudiants et l'opposition, le gouvernement vénézuélien de Nicolas Maduro commémorait mercredi la mort d'Hugo Chavez, terrassé par un cancer il y a un an après 14 années au pouvoir.

Plusieurs chefs d'Etat de pays «amis» ont été conviés aux cérémonies officielles d'hommage à l'ancien président (1999-2013), dont le Nicaraguayen Daniel Ortega, le Bolivien Evo Morales et le Cubain Raoul Castro.

«Nous allons au Venezuela pour soutenir le président frère Maduro et son gouvernement», a annoncé M. Ortega, alors que le successeur et héritier politique de Chavez est la cible depuis un mois de manifestations d'étudiants et de l'opposition.

Ce mouvement, lancé le 4 février en province, juge le gouvernement responsable de l'insécurité, d'une inflation record (plus de 56% en 2013) et de pénuries récurrentes de produits de première nécessité. Les violences qui ont accompagné les manifestations ont déjà fait 18 morts et au moins 260 blessés.

Mercredi, étudiants et sympathisants de l'opposition ont à nouveau prévu de manifester dans plusieurs villes. Dans l'est de Caracas, un des bastions de l'opposition, des groupes d'étudiants ont édifié de nouvelles barricades dans la matinée avant d'être dispersés par les forces de l'ordre, a constaté un journaliste de l'AFP.

La députée Maria Corina Machado, bras droit du dirigeant de Volonté populaire (droite) Leopoldo Lopez, arrêté le 18 février pour incitation à la violence, a annoncé sa présence aux côtés des manifestants à San Cristobal (nord-ouest), berceau du mouvement étudiant. Les étudiants ont quant à eux appelé à un rassemblement sur la place Brion, dans l'est de la capitale.

- 'Commandant éternel' -

Plusieurs milliers de manifestants ont encore battu le pavé mardi à Caracas, une marche qui a une nouvelle fois débouché sur des affrontements entre environ 300 jeunes radicaux et la police, qui a pu disperser les protestataires avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

Première cible de la grogne, le président Maduro, élu de justesse en avril dernier, n'a de cesse de dénoncer une «tentative de coup d'Etat» fomentée notamment avec l'aide des Etats-Unis. La semaine dernière, il a concédé l'ouverture d'un dialogue national, mais opposants et étudiants n'y ont pas participé.

Face à cette contestation sans précédent depuis son élection, l'ex-conducteur d'autobus et syndicaliste veille à entretenir la légitimité héritée de son mentor en prônant la continuité de sa «révolution bolivarienne». Il encourage également le culte fervent que lui voue une bonne partie des 30 millions de Vénézuéliens.

Mardi soir, M. Maduro a appelé sur Twitter à rendre hommage au «commandant éternel» «dans la paix et l'amour».

Parmi les pro-Chavez, souvent frappés plus que les autres par les difficultés économiques et l'insécurité, on reconnaît que si M. Maduro n'a ni l'aura ni le pragmatisme de son prédécesseur, il doit être soutenu en tant que dépositaire de son héritage.

«Tant qu'il fait perdurer l'héritage laissé (par Chavez), les gens seront heureux et satisfaits. S'il ne le fait pas, il n'ira pas loin», prédit Angela Sandoval, habitante du quartier «chaviste» du 23 Janvier à Caracas.

Pour les analystes, le gouvernement et M. Maduro est encore loin d'être fragilisé, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) et l'armée demeurant pour l'heure soudés derrière leur chef de file.

Même si «le gouvernement n'est pas aussi solide qu'il y a un an, il n'y a pas de contre-pouvoir en mesure de provoquer un changement de gouvernement», estime notamment Carlos Romero, professeur de Sciences politiques à l'Université du Venezuela.

- Le documentaire-hommage d'Oliver Stone -

Les célébrations de mercredi prévoient une cérémonie religieuse à la Caserne de la Montagne, où repose la dépouille de l'ex-commandant parachutiste. Sise sur un promontoire de la capitale non loin du palais présidentiel, le site est devenu un lieu de pèlerinage pour les partisans de l'ancien président, dont la forte popularité n'a jamais été démentie, en particulier auprès des plus modestes.

La commémoration doit commencer avec un défilé «civilo-militaire» sur la Route des Illustres, dans l'ouest de Caracas, au cours duquel le gouvernement devrait exhiber son équipement militaire dernier cri, acquis récemment à grands frais grâce à la rente pétrolière.

Autre événement notable, la chaîne de télévision latino-américaine Telesur, dont le siège est au Venezuela, doit diffuser en avant-première mondiale dans la soirée le documentaire «Mon ami Hugo» réalisé par le célèbre réalisateur américain Oliver Stone.