Ukraine: En coulisses, Washington veut offrir une porte de sortie à Poutine

DIPLOMATIE Au-delà des positions officielles, les négociations continuent, alors que selon François Hollande, Moscou a «pris le risque d'une escalade dangereuse»...

avec AFP

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Barack Obama et ses conseillers discutent de la situation en Ukraine, le 3 mars 2014.
Barack Obama et ses conseillers discutent de la situation en Ukraine, le 3 mars 2014. — P.SOUZA/MAISON BLANCHE

Devant les caméras, le ton est ferme. Mais en coulisses, la diplomatie n'a pas dit son dernier mot. Tout en augmentant la pression sur la Russie, les Etats-Unis veulent offrir à Vladimir Poutine une issue de sortie de la crise ukrainienne, en coopération avec leurs alliés européens.

L'idée, mentionnée par le président Barack Obama lors de l'appel téléphonique à son homologue russe samedi dernier, est de répondre point par point aux inquiétudes formulées par Moscou au sujet de la situation chez son voisin, a précisé un haut responsable de la Maison Blanche aux journalistes, en refusant d'être cité.

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Le président Obama a aussi évoqué cette porte de sortie lors d'un entretien téléphonique mardi avec Angela Merkel, selon ce responsable qui a pris note de l'étroitesse des liens, diplomatiques et économiques, entre l'Allemagne et la Russie, et estimé que la chancelière allemande avait un rôle important à jouer pour faciliter un dialogue.

Côté russe, la «désescalade» inclurait un retour des soldats à l'intérieur de leurs bases en Crimée, a expliqué le responsable. En outre, la question de la légitimité du gouvernement intérimaire de Kiev, encore rejetée mardi par Poutine, serait in fine résolue par les élections prévues en mai, a-t-il remarqué.

Menace de sanctions

Parallèlement à cette ouverture, les Etats-Unis vont continuer à augmenter leur pression sur la Russie au moyen de sanctions économiques, a souligné le responsable, en mettant en garde contre des conséquences encore plus sévères si les mouvements de troupes russes débordaient de Crimée et se produisaient dans l'Est de l'Ukraine.

Plus tôt mardi, le président Obama avait haussé le ton en rejetant les déclarations de son homologue russe sur la situation en Crimée, qui «ne trompent personne», selon lui. «Tout le monde reconnaît que même si la Russie a des intérêts légitimes dans ce qui se passe dans un pays voisin, cela ne lui donne pas le droit de recourir à la force pour exercer son influence dans ce pays», a prévenu Obama.

Washington prévenu du test de tir

La Russie avait par ailleurs prévenu à l'avance les Etats-Unis qu'elle allait procéder à un tir d'essai de missile balistique intercontinental (ICBM) Topol, intervenu mardi, a encore déclaré un responsable américain de la Défense. «On nous avait prévenu de ce test plus tôt cette semaine, ce n'est pas inattendu», a confié à l'AFP ce responsable s'exprimant sous couvert de l'anonymat.

De son côté, François Hollande a haussé le ton, mardi soir. «La Russie a pris le risque d'une escalade dangereuse. Le rôle de la France avec l'Europe, dans ces circonstances, c'est d'exercer toute la pression nécessaire, y compris par le recours à des sanctions pour trouver la voie du dialogue, pour trouver une issue politique à cette crise», a déclaré le président français dans une intervention au dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) à Paris. Il a évoqué en Ukraine «des événements d'une gravité exceptionnelle qui rappellent un temps que l'on croyait révolu, celui des ingérences, des interventions et des démonstrations militaires».