L'Ukraine accuse la Russie de «déclaration de guerre», le G7 fait bloc

UKRAINE Face à ce qu’ils condamnent comme une « claire violation » de la souveraineté ukrainienne par la Russie, les sept autres pays du G8 annoncent qu’ils suspendent leurs préparatifs pour le sommet de Sotchi en juin…

avec AFP

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Des hommes armés montent la garde devant un bâtiment gouvernemental à Simféropol, la capitale de la Crimée, en Ukraine, le 2 mars 2014.
Des hommes armés montent la garde devant un bâtiment gouvernemental à Simféropol, la capitale de la Crimée, en Ukraine, le 2 mars 2014. — NEWSCOM/SIPA

L'Ukraine s'est déclarée dimanche «au bord de la catastrophe» à la suite de la «déclaration de guerre» de la Russie et semblait perdre rapidement le contrôle de la Crimée, poussant les Occidentaux du G7 à faire bloc contre Moscou. Condamnant la «claire violation» de la souveraineté de l'Ukraine par Moscou, les dirigeants de sept pays membres du G8 ont annoncé dimanche la suspension de leurs préparatifs en vue du sommet du groupe à Sotchi (Russie) en juin. Ce gel restera valable «jusqu'à ce que l'environnement redevienne favorable à des discussions significatives au G8», selon un communiqué des «dirigeants du G7» diffusé par la Maison Blanche.

Le G7 réunit les sept pays les plus industrialisés. Au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement, il était devenu le G8 à partir de 1998, avec la participation de la Russie à ses sommets. Plus tôt dimanche, le secrétaire d'Etat américain John Kerry avait prévenu que la Russie pourrait perdre son siège à la table du G8.

L’un des plus graves conflits avec Moscou depuis la guerre froide

Les Occidentaux tentent ainsi d'accentuer leur pression pour trouver une issue à ce qui apparaît déjà comme l'un des plus graves conflits avec Moscou depuis la guerre froide. «Si le président (russe Vladimir) Poutine veut être le président qui a commencé une guerre entre deux pays voisins et amis, il est tout près d'atteindre son objectif. Nous sommes au bord de la catastrophe», a lancé dimanche le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, à la suite de la menace choc de la Russie d'intervenir militairement sur le territoire de cette ancienne république soviétique. «Ce n'est pas une menace, c'est en fait une déclaration de guerre à mon pays», a-t-il ajouté, s'exprimant en anglais, comme pour mieux se faire entendre de la communauté internationale.

Le président par intérim, Olexandre Tourtchinov, a de son côté répété dimanche que Kiev espérait parvenir à une solution «pacifique» à la crise. Mais un autre haut responsable a parallèlement annoncé la mobilisation des réservistes ukrainiens afin d'assurer «la sécurité et l'intégrité du territoire».

50.000 manifestants sur la Maïdan

A Kiev, environ 50.000 personnes se sont rassemblées dimanche sur le Maïdan, la place de l'Indépendance. «Nous ne nous rendrons pas !», ont-ils scandé à l'adresse de la Russie. Certains portaient des pancartes proclamant : «Poutine, touche pas à l'Ukraine !» L'ancien président géorgien pro-occidental, Mikheïl Saakachvili, a harangué la foule depuis le podium: «Poutine est intervenu chez vous, ce n'est pas un signe de force, mais un signe d'agonie. Il n'y a pas de trouillards ici !»

Mais la tension semblait monter dimanche en Crimée entre les deux camps, même si aucun affrontement n'a été rapporté dans cette péninsule russophone du sud de l'Ukraine qui abrite la flotte russe de la mer Noire. Dimanche soir une forte explosion a été entendue dans toute la ville de Simféropol, la capitale de Crimée, ont rapporté des journalistes de l'AFP. Il n'a pas été immédiatement possible de déterminer l'origine de cette explosion. La base militaire de Perevalne, qui abrite une unité des gardes-côtes ukrainiens, à 20 kilomètres de Simféropol, a été cernée par des centaines d'hommes armés de fusils automatiques, a constaté l'AFP. Selon le ministère ukrainien de la Défense, qui a estimé leur nombre à un millier, les assaillants voulaient contraindre les gardes-côtes à rendre leurs armes.

Hommes en armes sans signe distinctif

Plusieurs sites stratégiques de la péninsule, bases militaires, aéroports ou bâtiments officiels ont fait l'objet de blocages par des hommes en armes, dont l'uniforme ne porte aucun signe distinctif mais que les observateurs assimilent à des soldats russes. Coup dur pour les autorités de Kiev, l'amiral Denis Berezovski, commandant en chef de la marine ukrainienne, nommé il y a quelques jours par le président par intérim Tourtchinov, a annoncé dimanche qu'il prêtait allégeance aux autorités locales pro-russes de Crimée. Le Premier ministre pro-russe de Crimée, Serguiï Axionov, que Kiev considère comme illégitime, a salué un «événement historique» et souligné que l'amiral Berezovski acceptait ainsi de se placer «sous les ordres des autorités légitimes de la péninsule».

Ailleurs des manifestations pro-Ukraine rassemblant entre 1.000 et 10.000 personnes se sont déroulées dimanche dans les villes de Kharkiv, Odessa, Dnipropetrovsk et Zaporijia, selon les médias ukrainiens.