Ukraine: mise en garde d'Obama à Moscou, Kiev dénonce une «agression»

avec AFP

— 

Le président américain Barack Obama à Washington, le 26 février 2014.
Le président américain Barack Obama à Washington, le 26 février 2014. — Topphotos/Unimediaimages/SIPA

Les Etats-Unis ont haussé le ton vendredi contre la Russie à quelques heures du premier conseil des ministres du nouveau gouvernement ukrainien samedi, sur fonds d'opérations militaires russes en Crimée, en proie aux tensions séparatistes. «Nous sommes profondément inquiets au sujet d'informations sur des mouvements de troupes entrepris par la fédération russe en Ukraine», a déclaré le président américain Barack Obama, depuis la Maison Blanche.

«Les Etats-Unis seront solidaires de la communauté internationale pour souligner qu'il y aura un coût à toute intervention militaire en Ukraine», a-t-il mis en garde Moscou. Selon un responsable du Pentagone, «plusieurs centaines de soldats» russes avaient été déployés en Crimée, où est basée la flotte de la Russie. Les autorités ukrainiennes de transition estiment elles que 2.000 militaires russes ont été aérotransportés sur un aéroport militaire près de Simféropol, la capitale de cette région russophone.

Obama pourrait boycotter le G8 à Sotchi

Barack Obama, qui n'a pas confirmé ces informations, pourrait toutefois renoncer à participer au sommet du G8 prévu en juin à Sotchi (Russie), a affirmé sous couvert d'anonymat un haut responsable américain.

Pour le nouveau gouvernement ukrainien, qui doit se réunir samedi pour son premier conseil des ministres, la présence de troupes russes en Ukraine est une «agression non dissimulée», d'après les mots du président par intérim Olexandre Tourtchinov. Mais «la flotte russe de la mer Noire applique strictement les accords» conclus avec l'Ukraine, avait affirmé la Russie jeudi, arguant que le «déplacement de certains blindés de la flotte de la mer Noire s'était fait conformément aux accords et ne nécessitait aucune approbation» de Kiev. La Crimée faisait partie de la Russie sous l'URSS et n'a été rattachée à l'Ukraine qu'en 1954. Profondément pro-russe et majoritairement russophone, elle a connu au cours des derniers jours une escalade des tensions séparatistes.

Le Parlement de Crimée toujours contrôlé par des pro-Russes

Ainsi, vendredi en fin d'après-midi, des hommes armés étaient présents sur plusieurs sites stratégiques de Simféropol, a constaté l'AFP. Des témoins ont également signalé vendredi soir des mouvements de véhicules blindés non identifiés entre Sébastopol et Simféropol. Dans le centre de Simféropol, le Parlement local reste contrôlé par plusieurs dizaines d'hommes armés pro-russes, qui ont hissé jeudi le drapeau russe sur son toit. Les députés ont limogé le gouvernement local et voté la tenue le 25 mai d'un référendum pour plus d'«autonomie».

C'est dans ce contexte de plus en plus tendu que le président déchu Viktor Ianoukovitch, recherché en Ukraine pour «meurtres de masse» après la mort de 82 personnes à Kiev la semaine dernière, a refait surface vendredi à Rostov-sur-le-Don en Russie. «Je suis le président légitime de l'Ukraine», a affirmé celui qui a aussi promis de «poursuivre la lutte pour l'avenir de l'Ukraine» au cours de sa première apparition en public depuis sa destitution. M. Ianoukovitch, qui a déclaré avoir été contraint de quitter l'Ukraine après des menaces sur sa vie, a reçu la «protection» de la Russie face aux «extrémistes» et n'a pas reconnu les nouvelles autorités de Kiev, qui ont lancé une procédure pour obtenir son extradition.

«Ianoukovitch a perdu toute légitimité puisqu'il a failli à ses responsabilités. Il a quitté l'Ukraine», ont estimé les Etats-Unis après la conférence de presse du président destitué.