Ukraine: Bras de fer avec Moscou autour de la Crimée, qui veut plus d'autonomie

UKRAINE Que s'est-il passé jeudi 27 février en Ukraine....

avec AFP

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Une manifestation devant le Parlement ukrainien à Kiev en Ukraine jeudi 27 février.
Une manifestation devant le Parlement ukrainien à Kiev en Ukraine jeudi 27 février. — YURIY DYACHYSHYN / AFP

Le pro-européen Arseni Iatseniouk a pris jeudi les rênes d'une Ukraine menacée de banqueroute et en plein bras de fer avec la Russie, tandis que l'Occident s'alarme de la situation en Crimée, région où stationne la flotte russe, et qui exige plus d'«autonomie»

Le Parlement ukrainien a désigné jeudi à l'unanimité Arseni Iatseniouk comme Premier ministre du gouvernement de transition. La nomination de Arseni Iatseniouk a coïncidé avec la réapparition du président déchu Viktor Ianoukovitch, qui doit tenir vendredi une conférence de presse en Russie. 

Arseni Iatseniouk n'a pas fait mystère de la gravité de la situation dans laquelle se trouve le pays sur tous les fronts. «L'intégrité territoriale est menacée, on assiste à des manifestations de séparatisme en Crimée», a-t-il déclaré. «Je dis aux Russes: ne nous affrontez pas, nous sommes des amis et des partenaires», a-t-il ajouté.

Un pays au bord de la banqueroute

Sur le plan économique, «les comptes publics sont vides, tout a été volé. Je ne promets pas d'amélioration, ni aujourd'hui ni demain. Notre objectif principal est de stabiliser la situation», a-t-il ajouté. Selon lui, la dette publique s'élève à 75 milliards de dollars maintenant, soit le double de son niveau de «2010, quand Ianoukovitch est arrivé au pouvoir».

Le Fonds monétaire international (FMI) a reçu jeudi une demande d'aide officielle de l'Ukraine et est «prêt à y répondre», a indiqué sa directrice générale Christine Lagarde. L'Ukraine avait auparavant indiqué avoir besoin d'une aide de 35 milliards de dollars dans les deux années à venir. Après une chute de 5% mercredi, la devise ukrainienne, la hryvnia, plongeait d'environ 7% jeudi. Elle a perdu le quart de sa valeur depuis le début de l'année.

 Inquiétudes concernant la Crimée

Les événements se sont aussi accélérés dans la république autonome de Crimée, péninsule russophone du sud de l'Ukraine, provoquant une vive inquiétude chez les Occidentaux. A Simféropol, capitale de la Crimée, le Parlement local, contrôlé par un commando pro-russe depuis le début de la journée de jeudi, a voté la tenue le 25 mai d'un référendum pour plus d'autonomie. Il a également limogé le gouvernement provincial à l'issue d'un vote à huis clos, dont la presse a été tenue à l'écart.

Tôt jeudi, plusieurs dizaines d'hommes armés s'étaient emparés du siège du Parlement et du gouvernement locaux, sur lequel ils ont hissé le drapeau russe. La Crimée, peuplée majoritairement de russophones, est la région d'Ukraine la plus susceptible de s'opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev. Elle a d'abord appartenu, au sein de l'URSS, à la Russie, avant d'être rattachée à l'Ukraine en 1954.

Le rôle de la Russie

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a affirmé jeudi que la Russie s'était engagée à «respecter l'intégrité territoriale de l'Ukraine», au cours d'une conversation téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov.Lors de ce même appel téléphonique entre les deux ministres jeudi matin, Moscou a également assuré ne pas être derrière les troubles en Crimée, dans le sud de l'Ukraine, a rapporté John Kerry.

Le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a annoncé la mise en alerte de l'ensemble de la police et des forces spéciales afin d'éviter «un bain de sang parmi la population civile» et «l'évolution de la situation en affrontements armés». La Russie a répliqué jeudi qu'elle respectait les accords signés avec l'Ukraine. «Actuellement, toutes les divisions et unités assurent leur activité quotidienne, y compris ce qui est lié à la préparation au combat. Ces actes ne présentent aucune menace. Il n'y a aucune limitation juridique à cela», a déclaré le vice-ministre russe de la Défense Anatoli Antonov.

 Retrouvez les événements minute par minute de ce jeudi 27 février 2014 en Ukraine.

Conférence de presse de Ianoukovitch 

Parallèlement, l'ex-président Viktor Ianoukovitch, qui n'avait pas donné signe de vie depuis sa destitution au Parlement samedi et qui est recherché en Ukraine pour "meurtres de masse" après la mort de 82 personnes dont 15 policiers à Kiev la semaine dernière, a refait surface en Russie, dont il a réclamé et obtenu la protection face aux "extrémistes".

Viktor Ianoukovitch, désormais sous la protection de la Russie, est réaparu ce jeudi.

Il doit tenir une conférence de presse vendredi à 15h heure française à Rostov-sur-le-Don, ville située près de la frontière avec l'Ukraine, à environ 200 kilomètres de son fief de Donetsk. «Je me considère toujours comme le chef légitime de l'État ukrainien», avait-il dit auparavant dans une déclaration «au peuple ukrainien» transmise aux agences de presse russes.

«Tout ce qui se passe actuellement au Parlement d'Ukraine est illégitime», a-t-il ajouté. «Je me vois contraint de demander aux autorités de la Fédération de Russie d'assurer ma protection personnelle face aux actions menées par des extrémistes», a-t-il ajouté.