VIDEO. Turquie: De nouveau rassemblements contre la corruption d'Erdogan

MOBILISATION Une vidéo, dont l'authenticité est remise en cause par le pouvoir, a relancé la contestation...

avec AFP

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Recep Tayyip Erdogan à Berlin le 4 février 2014.
Recep Tayyip Erdogan à Berlin le 4 février 2014. — Stefan Boness/IPON-BONESS/SIPA

Des milliers de personnes ont à nouveau défilé mercredi dans les rues de Turquie pour dénoncer la corruption du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, alors que le gouvernement a promulgué sa loi très critiquée renforçant son emprise sur la justice.

Partie dès mardi soir de façon largement spontanée dans une dizaine de villes, la vague de contestation s'est poursuivie à Istanbul et Ankara aux mêmes cris de «gouvernement, démission!» et «au voleur!», après la diffusion d'une conversation téléphonique qui a pour la première fois directement mis en cause M. Erdogan.

Réunis à l'appel du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), ces manifestants ont distribué des faux billets, symboles de la «corruption» du régime islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002, sur la place Taksim à Istanbul, lieu central de la fronde antigouvernementale de juin 2013. Dans la capitale Ankara, plus d'un millier de personnes réunies à l'appel de plusieurs syndicats de gauche ont également exigé la démission de Recep Tayyip Erdogan. Deux mois après le début du scandale, la publication lundi soir sur YouTube de l'enregistrement de plusieurs conversations téléphoniques compromettantes attribuées au Premier ministre et à son fils Bilal a enflammé le pays à nouveau.

Dans une vidéo il demande à son fils de faire disparaître 30 millions d'euros

Dans ces échanges écoutés par plus de trois millions d'internautes, Recep Tayyip Erdogan ordonne à son fils de faire disparaître de fortes sommes d'argent -- le chiffre de 30 millions d'euros est cité --, deux heures après le coup de filet ordonné le 17 décembre par la justice contre des dizaines de proches du régime soupçonnés de corruption.

Recep Tayyip Erdogan a vigoureusement contesté mardi leur authenticité et dénoncé une «attaque abjecte», aussitôt attribuée à ses ex-alliés de la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, très influents dans la police et la justice.

Questions sur l'authenticité de la vidéo 

«Il faut admettre le caractère illégal de tout ça», s'est offusqué mercredi le président du Parlement Cemil Ciçek, fustigeant un «acte immoral». «J'ai compris très vite qu'il s'agissait d'un montage», a renchéri le ministre de la Technologie, Fikri Isik. L'opposition a au contraire confirmé l'authenticité des bandes. «Elles sont aussi réelles que le mont Ararat», a assuré le président du CHP Kemal Kiliçdaroglu.

Dans ce climat de forte tension, le président Abdullah Gül a finalement donné mercredi son feu vert à la réforme très critiquée du Haut conseil des juges et procureurs (HSYK), malgré les appels au veto qui lui avaient été adressés. Ce nouveau texte, qui a suscité de violents débats ponctués de coups de poing entre députés rivaux au Parlement, autorise le ministre de la Justice à fixer l'ordre du jour du HSKY et à ordonner des enquêtes sur ses membres, et lui donne la dernière main sur les nominations des hauts magistrats.

Déposée en janvier, la réforme a déchaîné les critiques de l'opposition et suscité les mises en gardes répétées de l'Union européenne à la Turquie, candidate à l'adhésion, au nom de «l'indépendance de la justice».

Le CHP a immédiatement saisi mercredi la Cour constitutionnelle de ce texte. Après une première loi renforçant le contrôle de l'internet et une vague de purges sans précédent dans la police et la justice, la réforme judiciaire ne vise à rien d'autre, selon l'opposition, qu'à étouffer les accusations de corruption portées contre le régime.