Ukraine: Le changement... et maintenant?

UKRAINE Après le départ de Ianoukovitch, le pays a réaffirmé son «choix européen», mais fait face à des difficultés abyssales, à commencer par un risque de défaut de paiement...

avec AFP

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La place Maïdan où des hommes et des femmes se recueillent le 23 février 2014 sur les barricades où ont péri une centaine de personnes opposées au pouvoir.
La place Maïdan où des hommes et des femmes se recueillent le 23 février 2014 sur les barricades où ont péri une centaine de personnes opposées au pouvoir. — FABRICE ELSNER/SIPA

Après trois mois de crise politique aiguë qui ont culminé cette semaine avec les plus violents affrontements qu'ait connus ce pays issu de l'Union soviétique (82 morts en trois jours), l'ex-opposition s'est rapidement mise au travail pour remettre le pays en état de marche. Le Parlement, désormais dominé par les anti-Ianoukovitch, a pris les choses en main et nommé Olexandre Tourtchinov, un proche de l'opposante Ioulia Timochenko, au poste de président par intérim. La nomination d'un gouvernement devrait suivre dans les 48 heures, en attendant la tenue d'une élection présidentielle le 25 mai.

L’Ukraine au bord d’un défaut de paiement

Le nouveau chef de l'Etat n'a pas fait mystère des difficultés qui attendent le pays. «L'Ukraine est en train de glisser dans le précipice, elle est au bord d'un défaut de paiement», a-t-il dit dans une adresse à la nation diffusée à la télévision. Il a néanmoins réaffirmé que l'intégration européenne était «une priorité» pour l'Ukraine. «Nous sommes prêts à un dialogue avec la Russie, en développant nos relations sur un pied d'égalité (...) et qui respecteront le choix européen de l'Ukraine», a-t-il dit.

La haute représentante de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, est attendue à Kiev lundi, où elle devrait rencontrer les «principaux acteurs» et «discuter du soutien de l'Union européenne à une solution durable à la crise politique, ainsi que de mesures pour stabiliser la situation économique» du pays. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a appelé dimanche à envisager une aide économique. «Une Ukraine en faillite serait un poids trop important aussi bien pour son grand voisin de l'est, que pour l'Union européenne», a-t-il plaidé.

Appels au respect de «l’unité et l’intégrité territoriale du pays»

Les dirigeants occidentaux avaient multiplié tout au long de la journée de dimanche les appels au respect de «l'unité et l'intégrité territoriale du pays«. Une partition de l'Ukraine ou le «retour de la violence» ne seraient dans l'intérêt ni de l'Ukraine, ni de la Russie, ni de l'UE ou des Etats-Unis, a estimé une proche conseillère de Barack Obama, Susan Rice. La chancelière allemande Angela Merkel et le président russe Vladimir Poutine sont eux aussi tombés «d'accord sur le fait que l'Ukraine doit se doter rapidement d'un gouvernement en mesure d'agir et que l'intégrité territoriale doit être préservée», a annoncé la chancellerie allemande.

La nécessité «pour tous les Etats de respecter la souveraineté de l'Ukraine» a également été soulignée par le secrétaire d'Etat américain John Kerry lors d'un entretien téléphonique avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, selon le département d'Etat. M. Lavrov, pour sa part, a fait observer à M. Kerry que l'opposition ukrainienne n'appliquait pas l'accord du 21 février sur un règlement de la crise, «s'étant de facto emparée du pouvoir en Ukraine, refusant de déposer les armes et continuant à miser sur la violence», selon le ministère russe des Affaires étrangères. La Russie a décidé de rappeler à Moscou son ambassadeur en Ukraine pour des consultations «en raison de l'escalade de la situation», a indiqué le ministère russe.

Pas de signe de sécession des régions proches de Moscou

La communauté internationale redoute que la crise des derniers mois n'ait encore creusé le fossé entre l'Est russophone et russophile, majoritaire, et l'Ouest nationaliste et ukrainophone. Sur le terrain cependant, les régions plus proches de Moscou ne donnent pas signe de vouloir faire sécession. Anatoli Moguilev, le Premier ministre de Crimée, péninsule du sud russophone qui abrite une importante base militaire russe, a annoncé dimanche que la république autonome allait se plier aux décisions du Parlement. Et dans la région de Kharkiv (est), également russophone, le gouverneur et le maire, qui avaient fui le pays samedi, sont revenus dimanche et ont déclaré que «Ianoukovitch, c'est du passé».

Destitué samedi, M. Ianoukovitch restait dimanche introuvable. Il a été lâché par son propre parti, le Parti des régions. «L'Ukraine a été trahie, les Ukrainiens dressés les uns contre les autres», a affirmé le parti dans un communiqué. Viktor Ianoukovitch est «responsable des événements tragiques» survenus en Ukraine, a-t-il dit. Tapant du poing sur la table lors d'une session au Parlement, des députés ont exigé de savoir où il se trouvait, sans obtenir de réponse. Pour l'heure, l'ex-président ne fait l'objet d'aucune poursuite officielle.